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Clowns, Halloween et Facebook, ingrédients d’une légende urbaine

Sur les réseaux et dans les préaux, la peur du clown maléfique se propage. La police surveille les appels à attaquer des clowns à Genève et Lausanne

Clowns, Halloween et Facebook, ingrédients d’une légende urbaine

Société Sur les réseaux et dans les préaux, la peur des clowns maléfiques se propage

La police surveille les appels à la chasse aux agresseurs lancés à Genève et Lausanne

Tous les éléments sont réunis pour alimenter la légende urbaine. Née aux Etats-Unis puis propagée en Grande-Bretagne, en France ou encore en Belgique, la rumeur a atteint la Suisse au début de la semaine: des clowns mal intentionnés se promèneraient en ville, armés d’une hache, d’une batte de baseball ou d’un couteau pour attaquer les passants au hasard.

A Genève, la police n’a interpellé aucun clown. Mais elle avertit: «Le soir d’Halloween, vendredi, nous relèverons l’identité des personnes vêtues en clown. D’ailleurs, nous conseillons d’éviter de choisir ce déguisement ce soir-là», affirme Eric Grandjean. Le porte-parole poursuit, sérieux: «Les clowns seront contrôlés pour deux raisons: nous allons d’une part les avertir que ce n’est pas une bonne idée de se déguiser ainsi, avec les imbéciles qui se donnent rendez-vous pour les attaquer. Et, s’ils avaient la mauvaise idée de commettre des déprédations, ils seront plus faciles à identifier.» Les agents genevois ne s’attendent pas, toutefois, à rencontrer «des hordes de clowns» vendredi. «Les jeunes rigolent derrière Facebook, mais la plupart ne passent pas à l’action», souligne Eric Grandjean. Ils surveillent en revanche les appels à la chasse aux clowns qui éclosent sur Facebook.

Ils sont nombreux, ceux qui claironnent sur Internet avoir aperçu un individu grimé au coin d’une rue aux Pâquis, dans le quartier de la Servette ou ailleurs, sans aucun élément concret. Sur Facebook, plusieurs pages se sont créées, où l’on voit photos et vidéos montrant des silhouettes indistinctes du célèbre personnage. Les adolescents s’en donnent à cœur joie pour alimenter la rumeur. Extrait d’un échange entre trois internautes, sur une page dédiée au clown à Genève, suivie par 13 000 personnes:

– Je confirme, ils sont venus aux Avanchets dans un minibus gris.

– J’ai entendu des gens crier.

– On laisse des clowns monter dans les bus?

Et la rumeur se poursuit dans les préaux. Emilien, 9 ans, le dit à demi-mot, il en a attrapé une peur bleue: «Je ne sais pas si c’est vrai, mais un copain m’a dit qu’ils étaient 26 à la gare. Il paraît qu’ils attaquent les passants avec des tronçonneuses. Avec mes amis, on rigole, on se fait peur.» Sa maman l’a retrouvé «terrorisé» lundi soir: «Il n’osait plus rentrer seul de l’école. Exceptionnellement, je suis allée le chercher aujourd’hui après les cours», raconte-t-elle.

«Une jeune femme dans le bus me l’a dit: elle connaît quelqu’un qui s’est fait agresser à Onex. Et un ami de mon fils, lui, a vu un clown au quartier des Asters», affirme une secrétaire, la cinquantaine, dans la salle d’attente d’un cabinet médical genevois. Vrai ou faux, peu importe, cette mère de deux enfants a pris l’histoire au sérieux. «Mes fils ont 11 et 17 ans. Entre adolescents, les blagues peuvent vite mal tourner.»

De la rumeur à la réalité, il n’y a qu’un pas que certains, ailleurs, ont franchi. En France, les médias ont relayé une dizaine d’incidents. Les forces de l’ordre invitent la population à «signaler la présence d’un individu agressif déguisé en clown». Lundi, un garçon grimé de 14 ans était arrêté dans la banlieue parisienne pour avoir menacé une femme. Le 25 octobre, à Montpellier, un jeune lui aussi déguisé s’en est pris à un passant, qu’il a frappé à coups de bâton avant de tenter de le dévaliser. Le même soir, à Agde, la police interpellait une quinzaine d’adolescents vêtus en clowns, munis de couteaux et de battes de baseball, sur le parking d’un lycée.

En parallèle, des brigades autoproclamées appellent sur les réseaux sociaux, en France et en Suisse, à attaquer tout individu qui s’aviserait de porter perruque et maquillage. Ainsi, sur Facebook, des jeunes se sont donné rendez-vous à Lausanne et Genève pour une «chasse au clown» vendredi soir.

Le clown a tout pour alimenter les fantasmes et ce n’est pas nouveau. D’amuseur universel, il peut devenir extrêmement maléfique, comme dans le livre Ça de Stephen King, lorsqu’une entité prend les traits d’un clown pour tuer des enfants. Deux artistes de Wasco, en Californie, revendiquent la première apparition du méchant clown sur les réseaux sociaux: ils s’étaient d’ailleurs inspirés du personnage du best-seller américain pour réaliser une série de photos publiées sur le Web, mettant en scène un individu déguisé dans la ville, la nuit. Déjà, des adolescents en mal d’adrénaline s’appropriaient le personnage pour terroriser des passants. L’engouement devient viral avec l’apparition d’un tueur grimé dans la quatrième saison de la série American Horror Story . Autre source d’inspiration ayant trouvé une caisse de résonance sur le Web cette année: les vidéos YouTube de deux Italiens de DM Pranks, où l’on voit un clown martyriser des badauds, la nuit, à coups de marteaux et de tronçonneuse. Les vrais clowns, eux, n’ont plus qu’à attendre que ça passe pour se remettre à faire rire.

La maman du garçon l’a retrouvé «terrorisé» lundi soir: «Il n’osait plus rentrer seul de l’école»

Des adolescentsen mal d’adrénaline s’appropriaient le personnage pour terroriser des passants

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