Ecopop

Aider les femmes avant de distribuer des préservatifs

L’initiative exige que 10% du budget consacré au développement soit alloué à la planification familiale. L’idée provoque un tollé auprès des experts

Ecopop, les préservatifs de la discorde

Aide L’initiative exige que 10% du budget consacré au développement soit alloué à la planification familiale

L’idée provoque un tollé auprès des experts

Les préservatifs protègent-ils aussi l’environnement? Pour réduire l’impact des humains sur la planète, le texte d’Ecopop en votation le 30 novembre ne se contente pas de fixer un solde migratoire de 0,2% de la population résidant en Suisse par an, ce qui équivaudrait à une réduction de trois quarts de l’immigration enregistrée ces dernières années. Il exige aussi du gouvernement qu’il consacre 10% de son budget d’aide au développement au «planning familial volontaire», soit environ 160 millions de francs.

A titre de comparaison, le budget de la Direction du développement et de la coopération (DDC) consacré à la «santé sexuelle et reproductive» s’élève pour 2014 à 88 millions. C’est 30% de plus que l’an dernier, mais seulement 5% du paquet total de l’aide. Au final, seule une petite partie de ce montant est consacrée à la distribution de contraceptifs.

Le deuxième volet de l’initiative vaut à Ecopop une volée de critiques. «Ainsi les pays pauvres devraient se restreindre afin que nous puissions conserver notre mode de vie», cinglait la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga lors d’un débat sur ce texte organisé par Le Temps et l’Université de Genève la semaine dernière. Et d’ajouter: «L’époque où le Nord décidait de ce qui est bon pour le Sud ne devrait-elle pas être révolue?»

Réunis mercredi lors d’un congrès à Bâle, plusieurs experts de la coopération n’ont pas manqué eux aussi de fustiger une initiative jugée «contre-productive et dangereuse». «La Suisse serait discréditée si l’aide qu’elle consacre à la planification familiale était liée à un article visant à réduire la population sur son territoire», avertit Martin Leschhorn, de Medicus Mundi Suisse, réseau de 46 organisations actives dans la santé reproductive.

Pour l’ingénieur de Brugg Alec Gagneux, membre du comité d’Ecopop, fer de lance du deuxième volet de l’initiative, c’est une offre win-win: «Je pense au bien-être des humains. Il y a 80 millions de grossesses non désirées chaque année dans le monde. Le planning familial fait partie des droits humains. Pourquoi ne fait-on rien pour l’améliorer?» La contraception est un tabou au sein des organisations d’aide, accuse Ecopop. Ce n’est pas une priorité, rétorquent les spécialistes. «La planification familiale n’est qu’un outil parmi d’autres, explique Jacques Mader, conseiller en politique de santé auprès de la DDC. Notre principale préoccupation est de renforcer les systèmes de santé dans leur ensemble pour qu’ils puissent offrir des services de santé sexuelle de qualité.»

Les spécialistes sont unanimes, il faut avant tout améliorer le statut des femmes, l’accès à l’éducation, à la formation et l’autonomie financière. «Nous ne sommes plus dans une approche paternaliste de la coopération, mais dans une idée de dialogue avec les gouvernements concernés. Si nous venions à leur imposer des priorités, ce pourrait être vécu comme un mauvais signal», souligne encore Jacques Mader.

Le principal problème de cette initiative est qu’elle lie le planning familial au contrôle des populations, ignorant ainsi vingt ans de réflexion dans le développement, estime de son côté Adriane Martin Hilber, du Swiss Tropical and Public Health Institute, chargé de concevoir des programmes d’aide dans le domaine de la santé reproductive et sexuelle: «On risque d’approuver une idéologie rétrograde, qui véhicule des idées racistes.»

En 1994, la Conférence internationale sur la population et le développement au Caire consacre l’idée selon laquelle la planification familiale relève des droits humains et ne peut être employée comme un instrument de contrôle démographique. «En se focalisant sur le contrôle des naissances, ajoute l’experte, le risque est grand de glisser vers des mesures coercitives pour amener les populations pauvres à utiliser des moyens de contraception.» Les exemples du passé ne manquent pas.

«Les pauvres devraient se restreindre pour que nous puissions garder notre mode de vie?»

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