Genève

Ports francs: la justice ordonne la restitution d’un sarcophage romain à la Turquie

Datant du IIe siècle, l’objet, propriété des frères Hicham et Ali Aboutaam, avait été séquestré aux Ports francs en 2010. Suspectant une provenance douteuse et une violation de la loi sur le transfert des biens culturels, le parquet genevois a accédé à la demande turque de restitution

La justice genevoise a ordonné la restitution à la Turquie d’un sarcophage romain séquestré aux Ports francs de Genève depuis 2010. Cette pièce, datant du IIe siècle et d’une valeur culturelle inestimable, pourrait provenir d’une fouille clandestine et avoir été importée illégalement.

La détentrice du sarcophage est une galerie d’art genevoise, Phoenix Ancien Art, propriété des frères Hicham et Ali Aboutaam. L’objet provenait de la collection de feu leur père, tragiquement décédé en 1998 dans le crash du SR 111. Phoenix Anien Art argue de sa bonne foi et conteste que le sarcophage doive être restitué. Elle dispose d’un délai de dix jours pour recourir.

Le sarcophage avait été saisi en décembre 2010 par l’Administration fédérale des douanes aux ports francs. Comme l’avait révélé Le Temps , Ali Aboutaam avait préalablement approché le milliardaire Jean Claude Gandur pour lui proposer d’acheter le cercueil anthropomorphe, entreposé aux Ports francs. Les deux hommes s’étaient entendus sur un prix, mais le collectionneur tenait à s’assurer de la provenance de l’œuvre. Une expertise avait alors été demandée au Musée d’art et d’histoire (MAH). Quelques semaines plus tard, les douanes, alertées sur une éventuelle provenance douteuse, mettaient le sarcophage sous séquestre.

L’expertise réalisée par le MAH, confirmée par l’Office fédéral de la culture en mars 2011, avait conclu que l’objet provenait des ateliers de la cité antique de Dokimeion, réputée pour son marbre, dans l’actuelle région d’Antalya, en Turquie, et avait probablement été sculpté à la fin du IIe siècle. L’OFC soupçonnait que le sarcophage était le produit d’une fouille clandestine et d’une exportation illégale, indique le Ministère public genevois.

Plainte de la Turquie

Ankara a réclamé la restitution du sarcophage en juillet 2011. La Turquie s’est aussi constituée partie plaignante dans la procédure ouverte en Suisse. En charge de l’enquête à Genève, le procureur Claudio Mascotto s’est rendu en Turquie en octobre 2013 pour entendre des témoins et procéder à des relevés photographiques, notamment dans la nécropole attenante à la Cité antique de Perge, près d’Antalya. En 2014 et 2015, des expertises minéralogiques ont été confiées à l’Université de Genève et au laboratoire du MAH «pour analyser d’éventuelles traces du sol d’enfouissement et déterminer la provenance du marbre».

Pour décider de restituer le sarcophage à la Turquie, le Ministère public genevois s’est appuyé sur la loi fédérale sur le transfert des biens culturels (LTBC), qui concrétise les engagements internationaux de la Suisse, et dont le but est d’interdire et d’empêcher l’importation, l’exportation et le transfert des biens culturels acquis de façon illicite. Le sarcophage était effectivement sorti de Suisse en 2003 pour être restauré à Londres, avant de revenir à Genève en 2009. Pour les autorités, ce retour équivaut à une importation, faisant tomber l’objet sous le coup de la LTBC, en vigueur depuis 2005.

Le Ministère public a par ailleurs classé la procédure pénale qu’il avait ouverte concernant cette affaire, car le principal protagoniste est décédé voilà de nombreuses années. Personne dans ce dossier n’a été condamné, a fait remarquer le Parquet genevois.

Le sarcophage romain est orné de bas-reliefs représentent les douze travaux d’Hercule. La cité antique de Dokimeion faisait partie au IIe siècle de l’Empire romain. A ce jour, 39 sarcophages antiques provenant de cette ville sont connus dans le monde.

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