Dépendance

L'alcoolisme expliqué aux enfants

Un site donne aux parents des conseils pour parler de leur problème d'addiction à leurs enfants dès leur plus jeune âge

Sarah*, 37 ans, est alcoolique. Lorsque son fils avait environ trois ans, elle buvait de telles quantités qu’elle avait des black-out tous les soirs à partir de 18h. «Je cherchais l’euthanasie… m’anesthésier de tout ce qui pouvait être difficile. L’alcool était une échappatoire bien pratique, car il m’endormait. Mon fils a très vite compris le problème, même s’il n’avait pas les mots pour en parler», raconte-t-elle dans une vidéo sur un nouveau site mis en ligne aujourd’hui par Addiction Suisse, fondation active dans la prévention de problèmes liés à l’alcool et aux drogues.

L’entourage de cette mère s’est occupé de son fils durant ses moments d’absence, jusqu’à ce qu’elle achève un sevrage et une thérapie. Ce n’est pas le cas de toutes les familles en difficulté, qui restent souvent murées dans le silence. En Suisse, environ 100 000 enfants ont un parent qui boit, indique la fondation, estimant que deux tiers d’entre eux souffriront d’une addiction ou d’un autre problème psychique. Un risque accru s’ils restent livrés à eux-mêmes.

Un problème tabou

La plateforme (http.www.parentsetaddiction. ch) s’adresse aux parents aux prises avec une dépendance à l’alcool et qui n’osent pas en parler, que ce soit à l’extérieur ou au sein de la famille. «Le problème est encore tabou. Souvent, les personnes concernées, des professionnels aussi, pensent qu’il vaut mieux ne rien dire aux enfants. Or ils savent sans savoir, ils ont besoin d'explications», explique Marion Forel, d’Addiction Suisse. Très tôt, les petits savent que quelque chose ne tourne pas rond. Ils entendent les disputes, bruits des bouteilles, perçoivent la tristesse ou la colère d’un parent. Et peuvent avoir des réactions déroutantes.

Parmi les autres témoignages relayés sur le site, cette mère raconte un jour, au supermarché, lorsque son fils lui dit: «Maman, pour moi on achète une petite voiture et pour toi une bouteille, OK?». Une autre femme se souvient de la réaction de son enfant de trois ans, à table: «Maman, tu as l’air triste, tu veux un verre de vin?»

Maintenir le secret peut rendre la situation plus difficile à vivre. «L’enfant se fait des films et imagine souvent le pire. Il pense qu’il est coupable». Il peut être amené aussi à prendre sur ses épaules des responsabilités trop lourdes à porter pour son âge.

Les mots à utiliser

Le site a été conçu avec des parents concernés, des professionnels des addictions, psychologues et travailleurs sociaux. Il livre des conseils sur les mots à utiliser pour aborder le sujet avec un enfant dès le plus jeune âge, répertorie des adresses de structures d’aide, donne enfin des conseils aux conjoints de personnes dépendantes.

Le nouveau site mis en ligne par Addiction Suisse recommande aux parents alcooliques différentes manières de parler de leur dépendance aux enfants en fonction de leur âge

Le site recommande aux parents de se tourner vers les services sociaux s’ils ne peuvent plus assurer la sécurité de leurs enfants. Or nombre d’entre eux refusent de parler lorsqu’ils rencontrent des difficultés, parce qu’ils redoutent de se voir retirer la garde de leur enfant. «C’est une mesure prise par les autorités en dernier recours, elle reste rare», souligne Marion Forel.

*Prénom d’emprunt

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