Polémique

La crèche de Neuchâtel réapparaît, mais pas sous le sapin de la ville

L’élu socialiste Olivier Arni, responsable de l’urbanisme, avait ordonné le retrait des personnages d’une crèche placée sous le sapin de Noël de la ville, en face de l’hôtel de ville. Face au tollé suscité, l’exécutif installe la crèche de la discorde à côté du temple du Bas, «à sa juste place», dit-il. Un professeur d’éthique fustige le fondamentalisme de la laïcité

Neuchâtel n’a pas son pareil pour monter en épingle des affaires politiques qui font polémique et écornent son image. La dernière en date remonte à jeudi dernier. Une crèche de Noël en bois, installée sous le sapin illuminé de la ville, sur le parking de l’hôtel de ville, n’a pas plu au municipal socialiste de l’urbanisme, Olivier Arni, qui l’a fait remballer séance tenante.

Révélée par «L’Express», la décision a suscité un tollé dans la ville et bien au-delà. Lundi, l’exécutif à majorité de gauche a ressorti ladite crèche, pour l’installer à côté du temple du Bas, «en zone piétonne, à un endroit bien plus approprié qu’un parking pour sa mise en valeur», écrit-il dans un communiqué de mise au point, envoyé également en allemand. L’exécutif regrette les amalgames que plusieurs citoyens indignés ont faits et déplore une «polémique malvenue». Il n’est pas certain que la pirouette politique des autorités ramène la sérénité.

La crèche incriminée a été sculptée par un bûcheron neuchâtelois. Elle a été offerte au Conseil fédéral en 2014, alors que le président de la Confédération était Didier Burkhalter. Les trois objets en bois ne sont jamais allés à Berne et sont restés à Neuchâtel. Selon «L’Express», c’est le service forestier de la ville qui a pris l’initiative d’exposer la «crèche fédérale» sous le sapin de Noël illuminé sur le parking de l’hôtel de ville. Jeudi, Olivier Arni a ordonné son retrait, affirmant que «le sapin de la ville ne doit pas être associé à des symboles religieux», estimant que la crèche a certes sa place, mais «dans un autre lieu plus approprié», et de l’imaginer à la collégiale ou au temple du Bas, deux lieux de culte réformé appartenant à la ville.

L’explication n’a convaincu personne. Ce lundi, l’exécutif corrige le tir sans désavouer Olivier Arni. Il a déplacé la crèche près du temple du Bas, affirmant qu'«il n’a jamais été question d’interdire cette crèche dans le domaine public». Mais elle faisait tache sous le sapin de la ville, «dont le sens premier est d’apporter simplement gaieté et couleurs pour les fêtes de fin d’année. Il fait partie des nombreuses décorations de rue.» Le sapin n’a aucune connotation religieuse, sous-tendent les autorités.

Une laïcité trop étroite?

L’ancien pasteur et professeur de théologie et d’éthique socialiste Denis Müller, résident neuchâtelois, trouve «la conception de la laïcité de mes camarades un peu étroite». Et d’estimer qu’ils devraient carrément «supprimer Noël et les dimanches, fêtes issues de la tradition chrétienne». Et de faire la leçon sur la notion de laïcité. «Ce n’est pas être pour ou contre une religion, c’est les inciter à cohabiter pacifiquement. Ce n’est pas parce que le dimanche est jour férié par suite de tradition chrétienne que tout le monde doit aller au culte. Dans le même ordre d’idée, ce n’est pas parce qu’on place une crèche dans l’espace public qu’on oblige les gens à croire et à se convertir au christianisme.»

Denis Müller voit une fonction pédagogique et culturelle à la crèche: «Elle dit pourquoi Noël existe.» S’il estime que les autorités de Neuchâtel ont commis une erreur, le professeur d’éthique évite de reprendre les formules acerbes et hostiles utilisées sur les réseaux sociaux. Il préfère essayer de comprendre et constate qu’on oppose parfois aux fondamentalismes religieux un fondamentalisme de la laïcité, qui nie la tradition culturelle. Il affirme que «l’erreur politique, à Neuchâtel, aura certainement été la précipitation et le manque de dialogue entre autorités et représentants des différentes religions. Je relève que ni les Juifs ni les musulmans ne contestent la place d’une crèche dans l’espace public.»

Denis Müller admet le compromis trouvé avec le déplacement de la crèche dans un autre espace public et ouvert de la zone piétonne de Neuchâtel. Mais il se demande s’il n’y a pas un peu d’hypocrisie à avoir retiré un symbole chrétien, la crèche, tout en conservant le sapin de Noël, «objet certes païen introduit par les luthériens scandinaves, mais dont la symbolique religieuse n’échappe à personne».

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