Analyse

En 2016, Neuchâtel sortira de la torpeur. Ou pas

Le temps est venu, dans un canton trop souvent paralysé par les bisbilles politiciennes et régionalistes, de prendre des décisions fortes. Mais le monde politique ne semble pas disposé à prendre la hauteur nécessaire

Il y eut, à Neuchâtel, après une législature calamiteuse, le coup de balai de mai 2013. L'élection a intronisé un gouvernement tout neuf et généré l'engagement quasi-général de s'extirper des bisbilles sclérosantes pour viser l'intérêt du canton.

Voici venue la dernière année de la législature du renouveau, celle des projets et des décisions. Le programme est chargé, l'agenda déborde de rendez-vous tous aussi décisifs les uns que les autres. En 2016, Neuchâtel a la possibilité de sortir de la torpeur. Ou de retomber dans le marasme des oppositions politiques et régionales.

L'appel du gouvernement

Le gouvernement a lancé un appel à «ouvrir la fenêtre pour voir loin», «construire un avenir», assénant que le canton est «à la croisée des chemins».

Trois ans et demi après le mortifiant échec du projet de Transrun, les Neuchâtelois retournent aux urnes le 28 février pour valider ce que le gouvernement estime être la «pièce maîtresse» de sa vision «un canton, un espace», soit le plan de «mobilité 2030». Qui prévoit de développer le rail, la route et la mobilité douce, partout sur le territoire.

Le ministre Laurent Favre est ainsi parvenu à rallier tout le monde (aucune opposition au Grand Conseil), ce d'autant que la réalisation des deux principaux projets, la ligne ferroviaire directe et souterraine Neuchâtel – La Chaux-de-Fonds et l'autoroute de contournement de La Chaux-de-Fonds et du Locle, pour 900 millions et un milliard, doivent être financées par les fonds fédéraux FIF et Forta. Neuchâtel a besoin d'un large appui populaire pour convaincre les chambres fédérales de retenir ses projets.

Le programme a tout de même un coût pour le canton, de 20 millions par an pendant vingt ans, avec notamment 111 millions de préfinancement de la ligne ferroviaire.

Le plus dur: la réorganisation hospitalière

L'entrée en matière du 28 février ne devrait pas poser de problème. Tout comme le soutien au «new deal» du ministre de l'Economie et des affaires sociales Jean-Nat Karakash, demandant aux entreprises de privilégier l'engagement de main-d'oeuvre locale afin de réduire les taux records de chômage et d'aide sociale.

Le plus dur viendra après, avec des projets plus émotionnels qui provoquent la polémique. Le principal sera la réorganisation hospitalière. Le gouvernement dira au printemps s'il suit le dessein d'Hôpital neuchâtelois de centraliser à Neuchâtel les soins aigus et de construire à La Chaux-de-Fonds un hôpital de réadaptation. Peu rationnel, manquant d'esprit visionnaire, déconnecté des exigences nationales, le débat hospitalier sera le plus délicat à mener. Le peuple aura là aussi le dernier mot, en novembre ou en février 2017.

Il faut ajouter aux dossiers brûlants, celui de la circonscription unique pour élire le Grand Conseil, dont le nombre de députés serait ramené de 115 à 90. Et le projet de nouvel Hôtel judiciaire dans un nouveau bâtiment de verre à construire à La Chaux-de-Fonds. Sans oublier les omniprésentes questions financières, les économies à réaliser, la poursuite ou non de la baisse fiscale des personnes physiques (le programme pour les entreprises est assuré d'aller à son terme). Les objectifs sont loin d'être convergents entre les groupes politiques.

Croisée des chemins

Le programme donne le vertige, ce d'autant qu'il sera pollué par deux rendez-vous électoraux: communal en juin 2016, et cantonal au printemps 2017.

Neuchâtel est bel et bien «à la croisée des chemins», dit un gouvernement dont des ministres jouent gros: Laurent Kurth sur la santé et les finances; Alain Ribaux sur la réforme institutionnelle et l'Hôtel judiciaire, un projet passé de 22 millions en 2012 à 40 millions dans le plan de législature et 48 millions désormais. Trop cher, a déjà décrété l'UDC, qui brandit le référendum.

Comment les Neuchâtelois appréhenderont-ils le puzzle? Pièce par pièce au risque d'ébranler l'ensemble ou avec la conviction que le renouveau a besoin de toutes les pièces? La balle est dans le camp des partis politiques, qui ont montré leurs muscles lors du dernier débat budgétaire, ne donnant pas l'impression d'avoir la hauteur de vue et la conscience qu'ils jouent l'avenir d'un canton qui souffre de ses divergences internes.

La solution passe peut-être par un deal global, négocié et réfléchi. Deal politique entre les partis, les institutions et les régions. Garantir la réalisation de l'Hôtel judiciaire peut faire avaler la difficile pilule hospitalière aux Montagnes. Mais rien n'indique – encore? – que le personnel politique neuchâtelois est disposé à mettre de côté ses idéologies et son esprit de clocher.

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