Crise migratoire

2016 restera une année tendue sur le front de l'asile en Suisse

La Suisse a connu une forte hausse des demandes d'asile en 2015. Il y a des signaux d'accalmie mais plusieurs facteurs incitent à la prudence, dont le rôle de la Turquie

Depuis quelques mois, l'UDC ne cesse d'insister sur le chaos qui règne en Suisse en matière d'asile. Jeudi, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) a en quelque sorte remis les pendules à l'heure en livrant les statistiques de 2015 et les perspectives pour cette année.

«2015 a été une année difficile», n'a pas caché le Secrétaire d’État Mario Gattiker face à la presse. La Suisse n'a cependant pas connu le même afflux de migrants que certains pays européens, dont l'Allemagne. La part des demandes déposées en Suisse par rapport à l'Union européenne est ainsi passée de 3,8 % en 2014 à 3 % l'an dernier. Il s'agit de la proportion la plus faible enregistrée depuis 25 ans.

L'an dernier, 39 523 personnes ont néanmoins déposé une demande d'asile en Suisse, soit 15 758 de plus qu'en 2014. C'est 66,3 % de plus que l'année précédente. Mais les arrivées, résultant des crises et conflits au Proche-Orient et en Afrique et de la situation difficile dans les pays de premier accueil et de transit, ont diminué en fin d'année. En décembre, 4 870 demandes ont été enregistrées, un chiffre en baisse de plus de 14 % par rapport à novembre.

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L'Erythrée en recul

Le trio de tête des pays de provenance est l'Erythrée, l'Afghanistan et la Syrie. Mais dans le détail, les statistiques montrent que le nombre de ressortissants érythréens affiche un fort recul depuis la fin de l'année. «La Suisse n'est plus leur premier choix en Europe», constate Pius Betschart, sous-directeur du SEM. Les arrivées en provenance d'Afghanistan sont également contenues en raison d'une campagne d'informations menée sur place, conjointement avec l'Allemagne et l'Autriche. «Les Afghans n'ont quasiment aucune chance d'obtenir le droit d'asile», explique Pius Betschart. Baisse également du côté des Balkans, de l'Afrique du Nord ou encore du Nigéria, des régions fortement représentées il y a quelques années.

Enfin, les accords de Dublin, qui permettent de renvoyer un requérant dans son pays d'entrée en Europe, profitent à la Suisse, rappelle Mario Gattiker. Avec 2 461 personnes qui ont été renvoyées selon ce principe, contre 558 de retour en Suisse, le système aurait même mieux fonctionné qu'en 2014, selon le Secrétaire d’État.

Grandes inconnues

Ce qui ne veut pas dire que le SEM peut se reposer sur ses lauriers. L'accalmie du mois dernier s'explique aussi par le climat hivernal qui s'installe dans les pays traversés. Et la maîtrise de la situation en 2015 provient également du fait que la route des Balkans, prisée depuis l'été dernier par les migrants en provenance de Syrie et l'Irak, contourne la Suisse.

«Il y a toujours un gros potentiel de migrations», estime Christoph Curchod, de la section «analyse des migrations». Il considère néanmoins qu'il ne serait pas sérieux de faire des pronostics et de livrer des chiffres pour l'année 2016. «Beaucoup de facteurs peuvent influencer la situation», dit-il. Dont l'attitude de la Turquie. Va-t-elle coopérer pour freiner le flux de migrants? Quelles conséquences si elle ne le fait pas? Comment va réagir l'Union européenne? Quelles seront les routes migratoires privilégiées? Autant de questions qui vont rester ouvertes ces prochains mois et influenceront la situation en Suisse.

Des procédures encore plus rapides

Mario Gattiker pense néanmoins que les chiffres de 2016 resteront stables comparés à ceux de 2015, soit environ 40 000 arrivées. Mais il se veut confiant car selon lui, la Suisse a les outils pour y faire face grâce notamment à des procédures plus rapides, le traitement en 48 heures de demandes manifestement infondées (fast track), des structures efficientes et des infrastructures adaptées et régulièrement augmentées ces derniers mois, au niveau fédéral et cantonal. «Tous les requérants qui arrivent en Suisse doivent être enregistrés et avoir un toit», promet-il.

Mais la partie s'annonce serrée. Car la nouvelle loi sur l'asile, qui promet des procédures encore plus rapides grâce à l'ouverture de centres de procédure et de renvois est combattue par l'UDC, qui conteste plus spécialement deux points : l'assistance juridique gratuite pour les requérants et les possibilités d'expropriation pour créer de nouveaux lieux d'accueil. Les citoyens suisses devront se prononcer en juin. S'ils devaient rejeter la loi, Mario Gattiker promet des «problèmes substantiels».

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