Campagnes politiques

Les réseaux sociaux s'installent dans le débat politique

Les politologues le constatent: les nouveaux modes de communication sont de plus en plus présents avant les votations

«C'est clairement une victoire des médias sociaux». C'est ainsi qu'Adrienne Fichter, politologue-blogueuse et spécialistes des réseaux sociaux à la NZZ, qualifie, sur son fil Twitter, le rejet de l'initiative de l'UDC dimanche. Les réseaux sociaux ont en effet été utilisés comme jamais par les adversaires de l'initiative de l'UDC, principalement par le mouvement Operation Libero. Comme ils l'ont été par les opposants au deuxième tunnel routier du Gothard. Mais avec un résultat bien différent.

Politologues et observateurs font le même constat: la campagne précédant les votations du 28 février 2016 marque un tournant dans l'usage politique des réseaux sociaux. Dimanche déjà, Claude Longchamp, directeur de l'institut gfs.bern, observait que Twitter n'avait jamais autant donné dans le gazouillis politique en Suisse. Le 9 février 2014, 9000 tweets concernant l'initiative sur l'immigration avaient sifflé à travers le pays. Le 28 février 2016, le seuil des 10 000 a été dépassé. Un autre politologue, Mark Balsiger, a comptabilisé les tweets durant le mois de février. Il en a dénombré 24 000 entre le 1er et le 22, soit autant que durant les six mois qui ont précédé les élections fédérales d'octobre 2015.

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Tous ne font toutefois pas la même analyse. Le sociogéographe Michael Hermann, directeur de l'institut Sotomo de l'Université de Zurich, a une position plus nuancée: «Pris isolément, les médias sociaux n'ont pas joué un rôle déterminant. Il y a eu interaction entre plusieurs causes», affirme-t-il. Il cite la mobilisation de la société civile et les débats menés dans les journaux. C'est la conjonction de ces facteurs qui a débouché sur une nouvelle prise de conscience en Suisse alémanique, où ce qui concerne les étrangers est perçu de manière plus émotionnelle qu'en Suisse romande.

Un accès direct à la population

Si le soulèvement civil contre l'initiative de l'UDC s'est appuyé sur les réseaux sociaux, il en va de même du Gothard. Les opposants au deuxième tunnel routier ont multiplié les messages sur Facebook et Twitter. Président de l'Initiative des Alpes, Jon Pult confirme: «La communication s’appuie de plus en plus sur les réseaux sociaux, qui offrent un accès direct à la population sans passer par les médias traditionnels. Quiconque fait de la politique ne peut s’y soustraire», explique-t-il.

«Cela permet d'amener des arguments différents de ceux qui sont discutés pendant les débats parlementaires. Grâce aux réseaux sociaux, la discussion démocratique est plus large. La participation est plus élevée. Et cela rend plus difficile la tâche de ceux qui s'appuient sur les moyens de communication classique», poursuit-il.

Avec, tout de même, un gros bémol: les adversaires du Gothard n'ont pas gagné. Les arguments inédits qu'ils ont amenés dans le débat, comme la remise en cause de la question posée au peuple, n'ont pas suffi à faire pencher la balance. Mais la tendance est là.

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