Asile

Huit vidéos pour mieux comprendre les difficultés quotidiennes des «mineurs non accompagnés» à Genève

Dans le cadre de la «Semaine contre le racisme», une association a produit huit films de courte durée pour sensibiliser les élèves genevois aux obstacles que doivent affronter les jeunes migrants. A fin 2015, le canton en accueillait 184, soit un tiers de plus que l'année précédente

Des vidéos pour mieux comprendre les obstacles que rencontrent les «requérants d’asile mineurs non accompagnés» (RMNA) dans leur quotidien. Voilà l’objectif que souhaite atteindre l’association des médiatrices interculturelles (AMIC) dans le cadre de la «Semaine contre le racisme» qui s’est ouverte lundi. Intitulé «A ma place», le projet vise à mettre en perspective les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes migrants accueillis à Genève. A la fin de l’année 2015, le canton dénombrait 184 enfants âgés pour la plupart entre 15 et 18 ans, dont 30 filles et 154 garçons. Au total, le canton accueille plus de 6500 migrants, soit 25% de plus que l’année précédente.

Le projet a permis à des jeunes Genevois en difficulté de participer à la production des vidéos.

Dans les détails, les huit vidéos mettent en scène des situations, somme toute banales pour un adolescent genevois, mais qui s’avèrent relativement inextricables pour des migrants mineurs. Provenant majoritairement d’Erythrée, ces derniers n’ont souvent aucune connaissance de la langue, pas plus qu’ils ne sont familiers avec la topologie du canton – certains ne savent tout simplement pas déchiffrer une carte – ou rompus avec les coutumes occidentales. Un exemple? Celui de Techome, 16 ans, qui faute d’avoir fait preuve de ponctualité, une notion qui lui est inconnue, doit tenter d’expliquer à son médecin ses soucis de santé alors que l’interprète qu’on lui avait assigné, lui, est déjà parti.

«Les jeunes migrants sont des adolescents comme les autres»

«Confronter les quotidiens des uns à celui des autres pour mieux les rapprocher, demeure le but visé par notre projet, explique Huda Bakhet, membre de l'AMIC. Notre démarche n’a pas de dessein politique.» «Nous voulions juste rendre compte des difficultés auxquelles se heurtent ces jeunes dans leur vie de tous les jours, surtout en l’absence de parents pour leur venir en aide. Nous tenions à rappeler aussi que ces migrants sont des adolescents comme les autres», ajoute pour sa part Winnie Covo, co-fondatrice du projet.

Le projet a d’ailleurs permis à des jeunes Genevois déscolarisés et sans emploi de participer à la production des clips (scénarisation, prise de son, cadrage, montage) via le projet «Scène active» de l’association de réinsertion socio-professionnelle Accroche.

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Sans s’apitoyer sur le sort des RMNA, ni sur le destin qui les a conduits à trouver refuge en Suisse, cette initiative a le mérite d’éclairer les obstacles, d'ordinaire surmontables, que rencontrent ces requérants d'asile. Huit vidéos et autant d'histoires qui racontent la complexité pour un adolescent de régler son réveil ou de choisir ses vêtements lorsqu'il fait froid ou encore comment un autre, sans pouvoir disposer d'un compte en banque ou d'un endroit sécurisé dans son foyer, se voit contraint de garder précieusement sur lui l'argent dont il dispose. Bref, un autre regard sur le quotidien.

Les «courts-métrages» seront diffusés dans les cycles d’orientation et les collèges du canton, en présence des jeunes migrants. Ces projections seront suivies d’une discussion entre les élèves et les requérants d’asile mineurs.


La soirée de présentation du projet «A ma place» se tiendra ce jeudi 17 mars au Musée d’Ethnographie de Genève à 19h00. Entrée gratuite mais réservation obligatoire via le site A ma place.ch

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