Forum des 100

«Le phénomène migratoire devient un prétexte de crispation et de fermeture»

L’inauguration prochaine du tunnel du Gothard est un symbole d’ouverture de la Suisse à l’Europe, pour le président de la Confédération

Dans un discours moins prudent qu’attendu, Johann Schneider-Ammann a sensibilisé l’assemblée du Forum des 100 au climat isolationniste ambiant. «Le protectionnisme commercial s’est à nouveau insinué dans le discours public, l’OMC a de la peine à trouver un nouvel élan, les partis nationalistes et populistes, en Europe et au-delà, renforcent leur influence, le scepticisme à l’égard du libre-échange s’accroît». Le Président de la Confédération est formel: la Suisse n’est pas immunisée contre ces mouvements. «De loin pas!» Ainsi, il appelle les décideurs politico-économiques à favoriser un esprit d’ouverture. «On préfère de plus en plus la défense de l’identité communautaire, à l’espace dans lequel le génie humain peut se déployer. Je constate que le phénomène migratoire devient le prétexte de toutes les crispations et de toutes les fermetures, qui, peu à peu, sapent les fondements de notre prospérité. Pourtant, l’ouverture est l’un des piliers de notre identité nationale».

Lire aussi:  A la découverte des nouvelles frontières

La symbolique du Gothard, qu’il inaugurera le 1er juin en compagnie de plusieurs chefs d’Etat européens constitue, selon lui, une contribution substantielle à l’entente européenne. «Le Gothard, c’est le geste d’ouverture qui est à la base de la Suisse originelle. Je suis persuadé que le nouvel axe que nous avons tracé contribuera une fois encore à notre prospérité, mais aussi à celle de nos voisins et de l’Europe».

Profitant de se trouver devant nombre d’acteurs économiques et politiques de Suisse romande, le ministre de l’économie a tenu à rappeler l’importance de l’innovation pour rester dans le peloton de tête des économies les plus compétitives. «Grâce aux nouvelles opportunités qu’offre la digitalisation, les esprits les plus entreprenants – et je pense tout d’abord à nos jeunes – ont des possibilités inespérées de créer leurs propres entreprises. Le futur optimiste dont on rêvait dans les années 1960 est de retour: il ne se passe pas un jour sans que l’on annonce de nouveaux développements de technologies de l’information, de biotechnologies ou de matériaux». Il s’agit dès lors, avance Johann Schneider-Ammann, de savoir garder les innovateurs en Suisse et l’Etat se doit de jouer un rôle en créant des espaces de liberté où l’esprit d’entreprise peut se déployer. «Etrangler AirBnB ou Uber à coups de réglementations n’est certainement pas la bonne voie!»

Le président appelle à développer l’esprit «Gothard»: celui qui ne se laisse ni arrêter par les barrières ou les barbelés, ni par la bureaucratie.

Publicité