Forum des 100

«En voulant à la fois mieux gérer l’immigration et consolider la voie bilatérale, le Conseil fédéral a vu juste»

Le secrétaire d’État Jacques de Watteville juge toujours possible une solution avec l’UE

Le secrétaire d’État Jacques de Watteville possède l’art - oratoire en tout cas – de conjuguer les contraires. Dans le sondage Sophia présenté au Forum des 100, deux questions portant sur l’ouverture de la Suisse et les migrations paraissent contradictoires: d’un côté, 69% des Suisses se déclarent favorables à la restauration d’un contrôle systématique aux frontières en raison des menaces terroristes ou pour répondre à la pression migratoire; mais parallèlement, une majorité d’entre eux fait preuve d’ouverture: 54% des sondés veulent sauver les accords bilatéraux et la libre circulation avec l’Union européenne (UE), quitte à faire une entorse à l’initiative de l’UDC sur la gestion de l’immigration, qui veut notamment introduire des contingents.

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Deux messages opposés? Le super-négociateur de la Suisse avec l’UE veut au contraire y voir la «confirmation que le Conseil fédéral a vu juste et que sa stratégie est la bonne»: «Cela conforte les objectifs du gouvernement qui entend à la fois mieux gérer l’immigration et consolider la voie bilatérale». L’exécutif a ainsi présenté au parlement un projet de clause de sauvegarde unilatérale, alors même que les discussions se poursuivent en coulisses avec l’UE pour tenter de trouver une solution négociée et agréée.

Certes, le référendum sur le Brexit, le 23 juin prochain, ralentit le processus. Mais dès le lundi 27 juin, dans le cas où la Grande-Bretagne décide de rester dans le giron européen, Jacques de Watteville et son équipe devraient se rendre à Bruxelles pour tenter de trouver une solution sur la libre circulation. Cet accord serait ensuite «injecté dans le processus parlementaire» fédéral. «Jusqu’au référendum, il est très difficile de progresser sur le dossier de la libre circulation des personnes, mais une fois qu’il sera passé, nous mettrons le turbo», confie le diplomate.

Intérêts communs

En attendant, chaque fois qu’ils en ont l’occasion, les conseillers fédéraux expliquent le point de vue de la Suisse à leurs homologues européens, «afin de les sensibiliser aux intérêts communs et aux avantages d’une solution agréée avec l’UE, et de créer une dynamique pour trouver cette solution à temps». Il s’agit notamment de trouver des alliés parmi les Etats qui ont développé des relations étroites avec la Suisse, comme la France et ses 150 000 frontaliers. Ces derniers «font vivre un demi-million de personnes» dans l’Hexagone, précise le secrétaire d’État.

Pour trouver une solution, la fenêtre d’opportunité sera «très brève». Tenir le délai de mise en œuvre de l’initiative de l’UDC d’ici février 2017 s’annonce donc «extrêmement acrobatique». Cela laisse quelques mois à Jacques de Watteville pour prouver si, diplomatiquement aussi, il parvient à concilier les contraires.

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