Brexit

Didier Burkhalter: «L'Union européenne a un intérêt économique à travailler avec la Suisse»

Le conseiller fédéral considère que l'UE ne peut pas laisser tomber le dossier suisse pour se concentrer uniquement sur la décision britannique

Le Temps: Avant le référendum britannique, le Conseil fédéral disait vouloir mettre le turbo afin de trouver une solution pour la libre circulation avec l'UE durant l'été. Cet objectif est-il encore réaliste?

Didier Burkhalter: Nous sommes toujours prêts à mettre le turbo. Mais il faut être deux pour négocier. Nous allons voir les réactions de l'Union européenne. Après le vote britannique, l'UE a encore davantage de raisons de mettre une dose de pragmatisme dans le moteur. Elle ne doit pas uniquement régler les problèmes avec le Royaume-Uni. La Suisse est aussi un partenaire important.

– Mais le dossier suisse ne va-t-il pas glisser en bas de la pile des priorités?

– J'ai souvent entendu dire ça avant le référendum britannique. Mais il ne faut pas oublier que la Suisse entretient des relations importantes avec beaucoup de pays membres de l'Union et avec l'UE elle-même. Ce n'est pas parce que la décision britannique a un retentissement mondial que l'UE doit délaisser ses autres partenaires. Elle a un intérêt économique à travailler avec la Suisse. Pensez au nombre d'emplois qui sont concernés par nos relations bilatérales.

– Mais ne court-on pas le risque que la clause de sauvegarde unilatérale soit la seule solution sur laquelle le parlement puisse se prononcer?

– Le Conseil fédéral a un plan A et un plan B. Il a transmis le plan B, c'est-à-dire la clause de sauvegarde unilatérale, au parlement. Mais il poursuit ses efforts pour présenter son plan A. Le plan B ne règle pas la sécurité du droit. Il n'assure pas non plus l'avenir de la voie bilatérale. Le Conseil fédéral est d'autant plus prêt à reprendre les négociations pour une solution commune qu'il a attendu le vote britannique pour relancer les opérations. Je rappelle que, au départ, il voulait une solution avant fin 2015. Nous attendons désormais de l'UE qu'elle montre sa volonté de régler les problèmes.

– Le projet d'accord institutionnel, critiqué par la droite nationaliste, ne fragilise-t-il pas ces négociations?

– Je ne le pense pas. Ce dossier a son propre rythme. La priorité du Conseil fédéral à court terme consiste à résoudre la question de la libre circulation et à apporter la sécurité juridique nécessaire à nos relations avec l'UE. A moyen terme, nous souhaitons offrir à la voie bilatérale un cadre qui lui permettra de vivre durablement. Nous allons continuer de le négocier. Si le Conseil fédéral en accepte le résultat, nous le présenterons au parlement, qui se prononcera. Nous sommes d'accord sur les trois quarts du mandat et devons encore nous entendre sur le dernier quart.

– Cet accord institutionnel prévoit de faire régler les différends par la Cour de justice de l'UE. Les partis politiques sont sceptiques. N'est-ce pas le maillon faible du dispositif?

– On verra le moment venu. Je peux vous assurer que nous ne voulons pas conclure un accord qui donne la décision définitive à un juge étranger. Il y aura toujours une décision politique derrière.


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