FORCES AÉRIENNES

Le F/A-18 perdu lundi? Une tache noire contre une falaise

Les secours ont survolé mardi en début d’après-midi la zone où l’avion de chasse a disparu. Aucune trace du pilote n’a été retrouvée

La description du lieu de l’accident du F/A-18 fait froid dans le dos. Un long et large couloir entre les montagnes, dans la région du Susten, couvert de neige et de glace. En face: aucune issue mais une falaise, marquée par une tache noirâtre d’une vingtaine de mètres de diamètre. «Les débris, de petite taille, sont à peine reconnaissables. On en voit sur la paroi rocheuse mais surtout de l’autre côté, où se trouve un énorme glacier avec des crevasses très profondes. On pourrait passer dix fois au-dessus sans les apercevoir», explique le colonel Pierre de Goumoëns, pilote de F/A-18, lors du point presse qui s’est tenu mardi en fin de journée.

Ce n’est que quelques heures auparavant que le lieu exact de l’accident a été identifié, dans une zone difficilement accessible, mais qui a pu être survolée par un hélicoptère peu après midi. Pour des raisons météorologiques, il n’a pas été possible de localiser l’impact plus tôt. Pour l’heure, aucune trace du pilote n’a été trouvée et les recherches se poursuivent dans une zone située à plus de 3000 mètres d’altitude.

Trois émetteurs de détresse

C’est lundi à 16h01 que l’avion des Forces aériennes a décollé de la piste de l’aérodrome militaire de Meiringen, dans le canton de Berne. Il a été porté disparu peu après avec à son bord un homme dont l’identité n’a pas été communiquée. Il devait simuler un combat aérien. Un autre F/A-18 a décollé 15 secondes avant pour participer au même exercice. Ils volaient tous les deux aux instruments et n’avaient pas de contact visuel en raison de la couche nuageuse.

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Pierre de Goumoëns et le colonel Felix Stoffel, chef du corps des aviateurs professionnels, peinaient à cacher leur émotion. «La vision des lieux de l’accident est très émotionnelle et il est difficile de décrire ses sentiments», avoue Pierre de Goumoëns. «Des images difficiles à supporter», confie Felix Stoffel. Il s’agissait d’un exercice courant, assurent-ils. Les deux représentants des Forces aériennes n’ont pas voulu donner d’autres précisions sur les circonstances du drame. La justice militaire a ouvert une enquête.

Par contre, des détails techniques ou d’ordre plus organisationnel ont été délivrés. L’appareil contenait trois émetteurs de détresse: un dans l’avion, un dans le siège et un dans l’équipement personnel du pilote. Mais seuls quelques signaux de très courte durée ont été émis. Raison pour laquelle il n’a pas été permis de déterminer clairement le lieu de l’accident dès lundi.

Confiance dans les avions

Pierre de Goumoëns rappelle aussi que l’aérodrome de Payerne étant fermé en raison de la Fête fédérale de lutte le week-end dernier, les F/A-18 étaient stationnés à Meiringen. Ils sont maintenant à Emmen. «Pour des raisons psychologiques, il est préférable que le personnel de Meiringen ne poursuive pas pour l’instant les tâches de police du ciel», explique-t-il. Il assure que les pilotes ont l’habitude de ces transferts et sont formés sur toutes les bases aériennes.

Mais ce drame s’inscrit dans un contexte difficile. Les Forces aériennes suisses viennent de perdre plusieurs appareils. Un Tiger F-5 de la Patrouille suisse s’est écrasé en juin dernier dans le Nord des Pays-Bas. Même sort pour un F/A-18 dans le Doubs, en France, le 14 octobre 2015. Dans les deux cas, les pilotes ont pu s’éjecter à temps. Par contre, deux occupants d’un F/A-18 ont perdu la vie le 23 octobre 2013 près du Lac des Quatre-Cantons. Il ne reste ainsi plus que 30 F/A-18 sur les 34 mis en service en 1997.

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Ces avions sont entretenus en permanence et sont en excellent état

En mai 2014, la population suisse a refusé l’acquisition de 22 Grippen. Dès son entrée en fonction au début de cette année, le conseiller fédéral Guy Parmelin a relancé le débat sur le renouvellement de la flotte suisse et a créé un groupe de travail. En attendant, les Forces aériennes assurent que la sécurité est garantie avec les appareils existants. «Je ne peux pas dire combien de temps on peut tenir, mais il est toujours possible de monter en puissance la maintenance de nos appareils afin d’accélérer les interventions», explique Felix Stoffel. Pierre de Goumoëns ajoute que les pilotes gardent toute leur confiance dans le F-A/18. «Ces avions sont entretenus en permanence et sont en excellent état», assure-t-il.

Enfin, les Forces aériennes sont en train de revoir leur dispositif. Après la polémique sur le fait que la police du ciel ne travaillait qu’aux heures de bureau, le parlement a exigé une couverture sans interruption. La réorganisation se fait en plusieurs phases jusqu’à fin 2020. Pierre de Goumoëns assure qu’il ne s’agit pas d’un facteur de stress pour les pilotes. «Au contraire, c’est un changement plutôt gratifiant pour nous», assure-t-il.

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