Justice

Fin de partie pénale pour Dominique Warluzel à Genève

Le Tribunal correctionnel a accepté la procédure simplifiée. Le célèbre avocat est condamné à une peine de 30 mois avec sursis partiel, suspendue au profit d’un traitement institutionnel. Il devra soigner les troubles qui l’ont conduit à tirer en direction d’une aide-soignante

Il n’est plus que l’ombre de lui-même mais il a gardé cet humour grinçant. A la présidente Isabelle Cuendet, qui demande s’il est bien né en 1957, Dominique Warluzel rétorque un profond «hélas». Le célèbre avocat, qui se présente en chaise roulante à l’audience du Tribunal correctionnel de Genève, s’excuse aussi de ne pas pouvoir se lever pour répondre aux questions.

En une petite demi-heure, débats et délibérations compris, les juges avalisent la solution négociée qui condamne l’ex-star du barreau à une peine de 30 mois, dont 24 avec sursis, le tout suspendu au profit d’une mesure institutionnelle en milieu ouvert. En clair, il devra rester en Suisse et se soigner dans une clinique afin de maîtriser les troubles qui l’ont conduit à tirer en direction d’une aide-soignante dans la suite d’un palace genevois, un jour de janvier 2016 plein d’exaspération.

Nulle intention meurtrière

Avant d’entériner cette procédure simplifiée, le tribunal doit s’assurer que Dominique Warluzel a bien compris et reconnu les faits retenus dans l’acte d’accusation du procureur général Olivier Jornot. Oui, il admet avoir collé le canon de son revolver chargé sur la tempe de l’aide-soignante. Oui, il a aussi, lors d’un épisode ultérieur, tiré dans sa direction. A chaque fois, il était excédé par les revendications financières de cette employée. On passe rapidement sur la détention illégale de deux armes. Rien n’est à contester.

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La présidente lui demande également si les qualifications juridiques de mise en danger de la vie d’autrui et de meurtre par dol éventuel lui conviennent. «J’ai accepté cet acte d’accusation pour une seule raison. Il est écrit que je n’avais nulle intention de blesser ou de tuer la victime», tient à préciser l’avocat. Assise à deux mètres de lui, la plaignante, assistée de Me Yaël Hayat, écoute sans broncher. Aucune question ne lui sera d’ailleurs posée.

La présidente s’interroge tout de même sur l’indemnité consentie à la victime et dont la presse s’est faite l’écho. «J’ai pris l’engagement pour 250’000 francs. J’ai déjà versé 170’000 francs auxquels s’ajouteront 80’000 francs pour les honoraires de son avocate», souligne Dominique Warluzel. Voilà le volet financier, soumis à un accord de confidentialité, totalement dévoilé.

Sevrage médicamenteux

Alors que le tribunal s’apprête à se retirer pour délibérer, Dominique Warluzel veut prendre la parole. La présidente souligne que ce n’est pas trop l’usage en matière de procédure simplifiée. Mieux vaut éviter les digressions qui pourraient compliquer la décision. A la défense, Mes Charles Poncet et Christian Lüscher, assis sur le radiateur pour rester proches de leur client, insistent sobrement. Des ténors qu’on n’a jamais vus aussi silencieux et discrets.

Dominique Warluzel peut s’exprimer mais il devra être bref. L’homme, affaibli, explique à quel point son existence paisible a basculé avec cet AVC. «Foudroyé», selon ses propres termes, il est devenu hémiplégique du côté gauche et ses intenses efforts de rééducation ont été anéantis par une chute intervenue un an plus tard.

L’avocat veut encore croire à une récupération physique et a repris les exercices. Il raconte aussi le processus de sevrage, commencé au mois d’août, pour se détacher de la dépendance aux benzodiazépines. «Je prenais jusqu’à 30 médicaments par jour». Il lui reste encore à absorber, «contraint sous peine de mort», des antiépileptiques.

Une courte réflexion plus tard, le tribunal accepte la procédure simplifiée. La sanction lui semble appropriée. Le dossier sera transmis au Service d’application des peines et mesures qui devra surveiller le bon déroulement du traitement institutionnel. La levée de cette mesure, dont la durée est indéterminée et dépend des progrès accomplis, devra forcément obtenir un aval judiciaire.

Souvenir de salle

Dominique Warluzel peut repartir. Par une porte latérale, loin d’éventuelles caméras. La dernière fois qu’il avait plaidé à Genève, c’était en 2012, dans cette même petite salle. Encore flamboyant, il avait obtenu l’acquittement du promoteur Carlo Lavizzari, empêtré dans le dossier de la Banque Cantonale de Genève. Quatre ans après, c’est un autre homme qui fait face à ses juges.

A l’issue de l’audience, le procureur général se déclarera satisfait d’avoir pu résoudre cette affaire par le biais d’une procédure simplifiée, laquelle permet de ne pas étaler des situations humaines difficiles. Olivier Jornot ajoute: «Avec ce résultat, j’ai atteint pleinement mes objectifs».

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