Consultation

Les patrons suisses s’engagent pour le français à l’école primaire

L’USAM et l’Union patronale se disent favorables à une intervention fédérale pour ancrer dans la loi l’obligation d’apprendre le français ou l’allemand à l’école primaire

Non, dans les entreprises suisses actives des deux côtés de la Sarine, l’anglais ne doit pas devenir la langue de travail courante entre collaborateurs romands et alémaniques. Certes, l’USAM (Union suisse des arts et métiers) et l’Union patronale suisse ne le disent pas aussi directement, mais c’est bien le sens de leur réponse à la consultation lancée par le ministre de l’Intérieur, Alain Berset, au sujet de la loi sur les langues.

Pour les deux organisations économiques, commencer à apprendre la seconde langue nationale à l’école primaire dans le but d’être à l’aise en français ou en allemand à 16 ans demeure primordial. «Arriver à une situation où l’on parlerait anglais ensemble ne serait pas bon pour le pays», estime Christine Davatz, vice-directrice à l’USAM.

Garantir un espace de formation national

Les deux associations économiques soutiennent donc une intervention de la Confédération et, partant, une modification de la loi fédérale sur les langues nationales, si les cantons n’arrivent pas à respecter la stratégie d’enseignement des langues adoptée en 2004; celle-ci prévoit, dès l’école primaire, l’apprentissage de deux langues étrangères (le français ou l’allemand, ainsi que l’anglais).

Lire aussi: Enseignement des langues: l’heure de la riposte pour Alain Berset

Si l’USAM s’engage à ce point en faveur de la compréhension entre les régions linguistiques, c’est notamment parce qu’elle est très active en matière de formation professionnelle et qu’elle veille à la qualité d’un espace de formation national. Pour les apprentis, les compétences linguistiques et la mobilité qu’elles permettent constituent un réel atout.

La diversité, une richesse

Au-delà des arguments touchant à la cohésion nationale, c’est également l’insertion sur le marché de l’emploi qui motive la réponse de l’Union patronale. Avec cet argument supplémentaire: «Le tissu économique suisse est constitué pour 98% de PME. Bon nombre d’entre elles sont actives dans plusieurs cantons et régions linguistiques. Dans ce contexte et pour les cadres surtout, les compétences linguistiques sont importantes», explique Marco Taddei, responsable pour la Suisse romande à l’Union patronale. A ses yeux, la diversité des langues et des cultures dans une équipe constitue le même type de richesse que la mixité.

Mais l’ensemble des organisations économiques ne sont pas sur cette ligne. Ainsi, «EconomieSuisse ne prend pas position sur la question de savoir s’il faut apprendre la seconde langue nationale à l’école primaire ou secondaire. Du point de vue des entreprises, l’important, c’est qu’à la fin de l’école obligatoire, les jeunes maîtrisent une deuxième langue nationale et l’anglais. Cette langue est importante non seulement dans les multinationales, mais également pour travailler dans les entreprises exportatrices», explique Cristina Gaggini, directrice romande d’Economiesuisse. Dans le canton de Vaud, le Centre patronal défend aussi le libre choix des cantons à organiser l’enseignement comme ils l’entendent.

Menace sur le français

Les réponses de l’USAM et de l’Union patronale – comme la décision fédérale de taper du poing sur la table – s’inscrivent «dans un contexte de remise en cause de l’enseignement du français à l’école primaire de la part de certains cantons alémaniques», souligne Marco Taddei. La précision est importante: l’appréciation du degré de la menace sur le plurilinguisme explique la position patronale. Pour autant, parmi les trois variantes proposées, la version la plus light – celle qui empiète le moins sur les compétences cantonales – a été retenue. La proposition? Inscrire dans la loi que «l’apprentissage de la deuxième langue nationale commence au plus tard deux ans avant la fin de la scolarité primaire», sans fixer formellement ni les années scolaires concernées, ni l’ordre d’introduction des langues (français/allemand ou anglais d’abord).

Au terme de la procédure de consultation qui s’achève vendredi 14 octobre, et dont l’un des buts est de faire pression sur les cantons récalcitrants, Alain Berset n’aura pas reçu que des soutiens. La Conférence des directeurs de l’Instruction publique (CDIP) n’a pas voulu répondre. Nombre de cantons alémaniques résistent farouchement à toute intrusion. Les partis sont partagés: l’UDC se prononce contre toute velléité centralisatrice, comme le PLR pour qui la «menace» contre le plurilinguisme n’est pas encore avérée.

Lire aussi: Avec la révision de la loi sur les langues, Alain Berset s’attire les foudres des cantons

En revanche, la gauche, ainsi que les Vert’libéraux, le PDC et le PBD soutiennent les desseins fédéraux. Les professeurs également: le Syndicat des enseignants romands (SER) comme son pendant alémanique approuvent une intervention fédérale dans sa variante light.

Publicité