France voisine

Le procès du grand banditisme lyonnais, écumeur des banques suisses

Cinq hommes accusés d'avoir attaqué en 2010 une banque Migros et fait feu répondront de leurs actes la semaine prochaine à Lyon. Le jugement sera aussi celui de bandes très organisées pour qui Genève demeure une cible facile

Suspectés d’avoir braqué le bureau de change Migros de Thonex en novembre 2010, cinq hommes vont comparaître à compter du 3 novembre devant la Cour d’Assises du Rhône à Lyon. De multiples charges pèsent sur eux. Ils sont entre autres poursuivis pour vol en bande organisée avec armes et tentative d’homicide. Tous sont des récidivistes au lourd passé judiciaire. Le procès va durer neuf jours et le Ministère public a d’emblée été favorable à ce que la France juge ces présumés braqueurs. Abdel-Ali L, le sixième accusé, a été abattu le 29 avril 2016 à Villeurbanne, près de Lyon, par deux hommes qui circulaient à moto. Ce meurtre par balles qualifié par les enquêteurs «de règlement de compte entre malfrats» montre que les méthodes du milieu lyonnais, mises en pratique jusqu’en Suisse, sont pour le moins radicales et parfois expéditives.

Kalachnikov et hachoir

Rappel des faits: le 26 novembre 2010, vers 18h30, un groupe d’individus cagoulés et lourdement armés (kalachnikov, fusil à pompe, petites armes de poing, explosifs), attaque le bureau de change Migros. Ils sont venus à bord de deux véhicules, une Audi S6 volée à son propriétaire le 20 novembre 2010 par deux hommes munis de couteaux sur le parking du cinéma d’Archamps et une Audi A3 dérobée dans un garage de Carouge le 10 août 2010. Le vigile du bureau de change est mis en joue ainsi que des passants tandis qu’une charge explosive est placée sur la vitre blindée.

Après l’explosion, un seul homme, Mohammed D, pénètre dans l’agence avec un grand sac et un hachoir pour tenir en respect les quatre employés. Il vide le contenu des caisses et ressort avec un butin de 820 000 francs. Entre-temps, cinq policiers du poste voisin ont progressé vers la banque et des tirs sont échangés. L’Audi S6 quitte alors en trombe les lieux avec un nombre «incertain» de malfaiteurs. Mohamed D, laissé seul par ses complices, tente de fuir à bord de l’autre Audi mais celle-ci est trop endommagée par les tirs. Il éjecte l’occupante d’une mini-Cooper stationnée non loin et en reculant blesse grièvement aux jambes une passante. Deux policiers tirent et touchent Mohamed D à quatre reprises aux bras gauche et droit. Il fuit à pied, abandonne le butin, finalement se rend aux forces de l’ordre.

L’Audi S6 fonce vers la frontière, un automobiliste qui gêne essuie des tirs à six reprises. Les fugitifs franchissent à pied la frontière par un pont enjambant la rivière le Foron. Deux véhicules relais, des grosses berlines avec chacune un conducteur à bord, les y attendent à Gaillard en Haute-Savoie.

Trafic de cannabis

Une enquête minutieuse a permis d’interpeller la plupart des suspects dans le courant de l’année 2011. Des écoutes téléphoniques et des traces ADN dans les Audi ont permis de les confondre. Assisté par l’avocat David Metaxas qui s’est spécialisé dans la défense de braqueurs lyonnais, Aziz D, l’un des inculpés, nie sa participation aux faits. Il a déclaré s’être rendu ce vendredi-là à la mosquée à 14h à Vaulx-en-Velin puis être allé chercher son fils à l’école à 16h30. Sur la présence de son empreinte génétique dans l’Audi S6, Aziz D affirme qu’il a dû conduire le véhicule car une habitude dans son quartier est de se prêter des voitures, à l’occasion de mariages par exemple.

Détenu en préventive puis remis en liberté, Aziz D, 48 ans aujourd’hui, a été de nouveau écroué en octobre 2015 pour trafic de stupéfiants. Il revenait d’Espagne avec une voiture chargée de 84 kilos de cannabis. Ses supposés complices du casse Migros ont des profils semblables, trafiquants notoires et braqueurs qui n’hésitent pas faire usage de leurs armes. Maître Georges Rimondi qui représente les parties civiles (deux policiers genevois et l’agent de sécurité) estime «que c’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de conséquences dramatiques car la police a été ce jour-là une cible».

Une police suisse jugée peu réactive

Pendant une dizaine d’années, ce type de scènes très Far-West se sont multipliées. Une criminalité qui se joue de la frontière et d’une police suisse jugée à Lyon peu réactive, qui déboule à 180 km/h, qui pulvérise des bancomats ou pille des banques. Près d’une centaine de cibles potentielles sont situées à moins de deux minutes de la frontière. Le journaliste et historien des cités Jérôme Pierrat parlait à l’époque d’organisation paramilitaire sans code d’honneur mais avec un mental très fort. «Ça passe ou ça casse et il faut aller vite. Les opérations sont de type commando avec des équipes à tiroir. Il y a un pivot qui recrute les copains selon leurs disponibilités du moment. Ils sont très mobiles, on parle de délinquance itinérante» expliquait-il au Temps.

Grâce à une meilleure collaboration entre les polices françaises et suisses avec un droit de poursuite étendu, le rythme des attaques a diminué sans pour autant que cela cesse. David Metaxas attribue aussi ce fait à l’état d’urgence en vigueur en France depuis les attentats qui a renforcé le maillage policier et militaire. «Les nombreuses perquisitions aux domiciles ont permis de saisir beaucoup d’armes» observe-t-il.

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