Justice

Le parquet genevois restitue une stèle antique à l'Egypte

Un contrôle d'inventaire, mené aux Ports francs par les douanes, a permis d'identifier un relief en granit dérobé dans les ruines d'un temple situé dans le delta du Nil. Deux ans de procédure ont été nécessaires pour établir l'origine et la spoliation de l'objet

Vraisemblablement volé il y a trente ans sur un site archéologique du delta du Nil, un relief en granit va bientôt reprendre le chemin de l’Egypte. C’est grâce à un contrôle d’inventaire, mené par l’inspection fédérale des douanes aux Ports francs de Genève, que la stèle a été repérée et signalée au Ministère public cantonal. La procédure pénale, menée par le procureur Claudio Mascotto, a permis de remonter aux origines de cet objet et démontrer la spoliation.

Tout commence fin 2014. Parmi d’autres pièces, le relief en granit, d’origine inconnue, suscite la curiosité des douanes. Le cas est transmis à la section des affaires complexes du parquet genevois qui lance des recherches et sollicite finalement l’avis du professeur Philippe Collombert, titulaire de la chaire d’égyptologie à l’Université de Genève. «Sur la base de cet examen, l’enquête a pu remonter au temple de Behbeit el Haggar, dont le site avoisine la ville de Mansourah», précise le Ministère public.

Intense collaboration

L’enquête a nécessité une collaboration intense entre plusieurs services. L’objet ne figurait pas au Art Loss Register, un registre privé recensant les objets d’art volés ou perdus, essentiellement alimenté par les déclarations des propriétaires dépossédés. «Par contre, la Liste rouge des biens culturels égyptiens en péril de l’International Council Of Museums (ICOM) de 2011 recensait les stèles parmi les éléments architecturaux particulièrement menacés par les pillages et les trafics», relève Henri Della Casa, le porte-parole du pouvoir judiciaire.

Des contacts ont été noués avec les autorités égyptiennes par le coordinateur des biens culturels de Fedpol à Berne et ceux-ci ont permis de se rapprocher de l’origine de la stèle. Des clichés, réalisés dans les ruines il y a une cinquantaine d’années par une archéologue française et comparés à des prises de vues plus récentes, «ont établi sans doute possible que le relief de granit avait été volé sur le site», ajoute le communiqué. Les pillages étaient fréquents dans la région et la documentation relative aux vestiges sortis d’Egypte ou entrés dans des collections occidentales souvent lacunaire.

Le parquet ne fera aucun commentaire sur le détenteur de l’objet. «La procédure a été classée à la suite de la restitution prévue de la pièce», se contente de préciser Henri Della Casa. Selon nos informations, l’intéressé est un client des Ports francs depuis près de 40 ans et n’a jamais eu d’autres ennuis avec les douanes. Le relief en granit y était entreposé depuis une dizaine d’années.

Contrôles renforcés aux Ports francs

Les Ports francs, qui ne veulent plus être utilisés comme un lieu de stockage de biens pillés, ont instauré un contrôle systématique de toutes les antiquités qui arrivent dans les locaux. Ce contrôle, confié à la société KPMG, est entré en vigueur le 19 septembre dernier. Depuis lors, précise Alain Decrausaz, le directeur général des entrepôts genevois, «il y a eu 12 dossiers ouverts concernant un total de 185 objets. Parmi ceux-ci, 173 ont été déclarés sans risque alors que les 12 autres sont hors périmètres et ne proviennent pas de fouilles archéologiques».

Alain Decrausaz en est convaincu. Une telle stèle antique n’aurait aujourd’hui aucune chance de passer entre les mailles du filet et les mesures mises en place devraient dissuader ceux qui pourraient encore être tentés par l’illégalité.

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