Rentrée politique en demi-teinte pour deux partis gouvernementaux vendredi, le PDC et le PS. Le PDC sort d’une phase de turbulences à cause de sa position, largement incomprise, à propos de la loi d’application de l’initiative sur l’immigration. Le PS a pu expérimenter sur certains dossiers comme la prévoyance vieillesse ou la politique budgétaire les effets de la majorité absolue que détiennent l’UDC et le PLR au Conseil national. Pour leurs présidents Gerhard Pfister et Christian Levrat, la rentrée s’annonce difficile.

Le PDC ne veut plus être le parti qui se résume à son aptitude à forger des compromis. Il veut marquer une identité propre plus forte. Cette affirmation fait ricaner Christian Levrat. Pour la première fois, le PDC suisse a organisé vendredi une rencontre de rentrée avec les médias à l’occasion de l’Epiphanie. Or, rappelle non sans malice Christian Levrat, le PS organise depuis huit ans son traditionnel «apéro des Rois». Gerhard Pfister se défend en disant que, si c’est effectivement une première pour le PDC suisse, sa section cantonale zougoise le fait depuis plusieurs années.

Référendum or not référendum?

Parmi les grands dossiers de l’année qui débute, les deux présidents s’accordent à dire que l’Europe occupera une place de choix. La loi d’application de l’initiative sur l’immigration est sous toit. L’UDC n’a pas lancé de référendum, mais une poignée de militants socialistes, dont le politologue tessinois Nenad Stojanovic, l’ont fait. Christian Levrat avoue son incompréhension: «En Suisse, on lance un référendum lorsque l’on n’a pas obtenu ce qu’on voulait. Je ne comprends pas la logique qui consiste à en lancer un alors que l’on est satisfait de la loi. Ces réflexions sont particulières, farfelues et tacticiennes», s’étonne-t-il.

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Paradoxalement, il verrait cependant d’un bon œil que le peuple vote sur l’immigration, mais ce scrutin devrait ouvrir des perspectives sur les relations entre la Suisse et l’UE. La question est de savoir ce que va faire l’UDC. Jusqu’à maintenant, ce parti n’a pas voulu soutenir de référendum contre la loi d’application. Le parti se réunit samedi prochain au Châble pour se déterminer. Or, plusieurs interventions sont prévues sur la libre circulation, le référendum contre la loi d’application – le Valaisan Jean-Luc Addor expliquera pourquoi le groupe parlementaire y renonce – et l’immigration de masse. Il y aura des discussions et des votes.

L’affaire valaisanne irrite Gerhard Pfister

Ce dossier empoisonne aussi la vie du PDC. Son abstention au vote final le 16 décembre suscite encore l’incompréhension. «Nous n’étions pas satisfaits de la loi qui a été votée. Notre objectif était d’avoir une solution à mi-chemin entre l’article constitutionnel et le maintien de la libre circulation. Les autres partis ont toujours refusé de faire un pas dans notre direction, alors nous nous sommes abstenus. Nous ne nous sommes pas opposés, car nous considérions qu’il fallait éviter de remettre en cause la participation de la Suisse aux programmes de recherche européens Horizon 2020, participation qui était liée à l’adoption d’une solution sur l’immigration», se justifie Gerhard Pfister.

Gerhard Pfister a un autre problème à gérer: la candidature dissidente de Nicolas Voide au Conseil d’Etat valaisan, contre celle de Christophe Darbellay. «Je regrette ces derniers développements. Ils ne serviront pas les intérêts du parti», commente-t-il en lançant au passage une pique au «conseiller d’Etat qui a initié tout ça», allusion à Oskar Freysinger.

Une fève pour tous, tous pour une fève

De son côté, Christian Levrat doit manœuvrer pour contrer l’alliance UDC-PLR, qui s’est pleinement exprimée sur le budget et les retraites au Conseil national. «Il ne faut pas sous-estimer la force de cette alliance de droite. C’est pour lui faire face que nous avons décidé de durcir le ton. Pour la Prévoyance vieillesse 2020, nous ne lâcherons pas. Si la solution du Conseil des Etats, qui compense la baisse des rentes du deuxième pilier par une hausse des rentes AVS, ce qui serait un progrès historique, nous serons d’accord. Si le parlement décide de faire des coupes massives sans compensation, je suis sûr que le peuple refusera de suivre», analyse-t-il.

Il relève que plusieurs scrutins importants seront à l’agenda en 2017: la réforme de l’imposition des entreprises, pour laquelle il qualifie les résultats serrés des premiers sondages d'«encourageants», la stratégie énergétique 2050, la prévoyance vieillesse et, peut-être l’Europe.

En attendant, l’heure est à la dégustation des couronnes des Rois. Avec une différence significative: égalitarisme oblige, toutes les parts de celles du PS contiennent une fève. «Pas de ça chez nous», réplique le président du PDC. Une fève pour tous d’un côté, tous pour une fève de l’autre.