Justice

La lourde peine qui attend l'incorrigible «Ghost Rider» de Genève

Le motard, récidiviste de l'excès de vitesse et de la conduite téméraire, accepte d'être condamné à 30 mois de prison ferme. Le tribunal doit encore entériner cette procédure simplifiée

Un incorrigible fou du guidon. Le motard, qui avait filmé ses excès et publié une vidéo intitulée «Ghost Rider in Geneva» sur YouTube, a récidivé quatre mois après sa sortie de prison. Lui, qui promettait au juge de ne plus jamais rouler avec un deux-roues, a racheté la grosse cylindrée qu’il avait vendue à un copain pour battre à nouveau des records de vitesse, violer toutes les règles de la circulation, mettre en danger la vie des autres et fuir la police. Le chauffard a accepté une peine sévère et ferme de 30 mois. Cette solution négociée devra encore être avalisée lundi prochain par le Tribunal correctionnel.

«Une espèce de compulsion»

Sam, de son prénom fictif, est un cas spécial. A 36 ans, ce Genevois, qui n’a jamais été au bénéfice d’un permis de conduire, collectionne un nombre impressionnant de condamnations pour excès de vitesse et autre conduite dangereuse. La dernière en date, prononcée le 29 mai 2013, était de 18 mois de prison ferme. Pas de quoi décourager cet adepte du délire routier. A tel point qu’une expertise psychiatrique a été ordonnée par le procureur Stéphane Grodecki lors de l’instruction de la nouvelle affaire.

Les experts n’ont toutefois décelé aucune pathologie mentale chez cet amoureux de la moto et de l’accélération. L’avocat du prévenu, Me Mark Barokas, explique la persistance de ce comportement par «une espèce de compulsion». Au guidon de cette Suzuki GSX-R750, l’intéressé pourrait se concentrer uniquement sur sa conduite et oublier tout le reste. Une sorte de bulle pour se déconnecter des soucis du quotidien.

Repaire montagneux

Des soucis, le prévenu en a donné beaucoup à tous ceux qui ont croisé sa route cet après-midi du 10 décembre 2015, au moment de ses ultimes prouesses. Sur l’autoroute de contournement d’abord, où il a circulé à une vitesse moyenne de 166 km/h et poussé des pointes à 231 km/h, là où les limitations étaient de 80 ou 100 km/h. Sur ce même tronçon, il a dépassé les autres usagers par la droite et roulé entre les deux voies.

L’acte d’accusation en procédure simplifiée retient aussi que Sam, pour échapper à la police alors qu’il était arrivé en ville, a failli percuter un cycliste, a omis un Stop, est monté sur le trottoir, a manqué de renverser des piétons sur un passage, a foncé à travers le parc d’Uni-Mail interdit à la circulation, a fait de même sur la Plaine de Plainpalais, a zigzagué entre les passants et a grillé un feu rouge. Il a ainsi réussi à semer les forces de l’ordre et il est parti se cacher dans une ferme des montagnes jurassiennes. Il a finalement été arrêté le 21 janvier 2016, après avoir été mis sous écoute, et dort en prison depuis lors.

Destruction de l’engin

Délit de chauffard, mise en danger de la vie d’autrui, opposition aux actes de l’autorité, conduite sans autorisation, entrave aux mesures de constatation de l’incapacité de conduire, circulation sans assurance responsabilité civile, falsification de plaques, conduite d’un véhicule ne répondant pas aux normes, défaut de vignette autoroutière et consommation de cannabis. Sam a reconnu cette longue liste d’infractions et sollicité une procédure simplifiée.

La défense a ainsi accepté une peine de 30 mois de prison ferme ainsi que la confiscation et la destruction de la désormais fameuse Suzuki. Le procureur Grodecki demande aussi une interdiction de conduire ou de posséder un quelconque véhicule à moteur pendant 5 ans. Les juges devront encore dire si cette issue leur paraît appropriée. Dans le cas contraire, l’affaire est renvoyée au parquet pour suivre une procédure ordinaire.

Prise de conscience relative

Lors de son dernier procès, Sam avait déjà accepté une peine ferme pour avoir parcouru 15 kilomètres en 8 minutes et 34 secondes en pleine ville et commis 19 infractions. C’était le Groupe technique de recherche de véhicules qui avait réussi à démasquer ce «Ghost Rider» grâce à l’analyse minutieuse de la vidéo postée sur le site de partage YouTube.

Au juge, qui lui demandait alors s’il avait réalisé avoir risqué sa vie et celle des autres, le motard avait assuré avoir compris la leçon. Une réponse qu’il aura de la peine à resservir cette fois.

Le récit du précédent procès: «Ghost Rider in Geneva» est condamné

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