Etats-Unis

Didier Burkhalter: la décision américaine «va clairement dans la mauvaise direction»

Interdire l’entrée sur sol américain aux ressortissants de sept pays musulmans, «soulève des questions très pratiques et provoque un profond débat», estime le chef de la diplomatie suisse

Le conseiller fédéral en charge des Affaires étrangères, Didier Burkhalter, joint sa voix à celle de nombreux dirigeants internationaux préoccupés par la politique migratoire de Donald Trump. Le Neuchâtelois indique que «l’évolution de la politique d’immigration aux USA soulève des questions très pratiques et provoque également un profond débat de valeurs».

D’un point de vue pratique,  l’interdiction d’entrée sur le territoire américain – qui touche les ressortissants syriens, iraniens, irakiens, libyens, somaliens, soudanais et yéménites pour les trois prochains mois – «a des conséquences immédiates sur de nombreuses personnes de par le monde, y compris sur des personnes résidant en Suisse», en particulier les doubles nationaux, analyse Didier Burkhalter. La Confédération est en contact avec les autorités américaines pour clarifier la portée du décret signé par Donald Trump. «Nous examinons avec beaucoup d’attention l’évolution de cette problématique et nous réservons toutes mesures visant à défendre les droits des citoyens suisses concernés», précise Didier Burkhalter.

Opposé à la discrimination en raison de la religion 

Sur le plan des valeurs, le chef de la diplomatie suisse réaffirme que la Suisse est attachée à la prévention du terrorisme, mais que les mesures prises dans ce cadre doivent respecter les droits fondamentaux ainsi que le droit international. «Nous nous sommes toujours opposés à la discrimination des être humains en raison de leur religion ou de leur provenance. En ce sens, le décret pris aux USA va clairement dans la mauvaise direction.»

Le libéral-radical rappelle aussi que les Conventions de Genève impliquent que tous les pays accueillent les personnes victimes de la guerre, pour des raisons humanitaires. «Il est donc contraire à ces Conventions de stopper de manière générale l’accueil de personnes venant de Syrie».

A titre personnel, Didier Burkhalter se dit convaincu qu’il est primordial de toute faire pour éviter d’accentuer encore les frustrations, notamment dans une perspective de prévention de l’extrémisme violent. 

Ambassadeur convoqué en Iran

L’Iran a par ailleurs convoqué dimanche l’ambassadeur de Suisse pour lui remettre une protestation écrite contre le décret pris par Donald Trump. C’est en effet la Suisse qui représente les intérêts américains en Iran. «Il a été rappelé à l'ambassadeur suisse que le peuple iranien a été victime des groupes terroristes au cours des décennies passées et que les Iraniens n'ont participé à aucune action terroriste et ont toujours été respectueux des règles et lois des sociétés dans lesquelles ils vivent», a  déclaré le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères.

La réaction de la Suisse n'est pas isolée. Outre le concert de protestations dans le monde musulman, la Grande-Bretagne a aussi condamné le décret américain dans des termes similiares à deux de Berne: «La politique d'immigration des Etats-Unis est l'affaire du gouvernement des Etats-Unis [...] mais nous ne sommes pas d'accord avec ce type d'approche», a déclaré un porte-parole de Downing Street, assurant que Londres «interviendrait auprès du gouvernement américain» si cette politique avait un «impact» sur les citoyens britanniques.

Le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a enfoncé le clou dimanche en jugeant sur Twitter que «stigmatiser en fonction d'une nationalité est néfaste et source de divisions».

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