Santé

Pierre-Yves Maillard veut taxer les sodas pour financer les soins dentaires

Le gouvernement vaudois propose de rembourser 50% des frais de dentistes des mineurs en taxant notamment les boissons sucrées. Une première en Suisse

Taxer les boissons sucrées pour financer les frais dentaires: c’est la proposition inédite du gouvernement vaudois. Celle-ci prévoit la prise en charge de la moitié des soins dentaires des enfants jusqu’à 18 ans ainsi qu’une prévention accrue. Les adultes recevront un soutien pour les frais élevés en fonction de leur revenu. Coût annuel envisagé: 38 millions de francs. Ce contre-projet présenté vendredi est une alternative à l’initiative «pour le remboursement des soins dentaires» lancée en 2014 par l’extrême gauche. Si le Grand Conseil accepte la copie du gouvernement, les deux propositions seront soumises au peuple le 24 septembre.

Le but de ce contre-projet? Eviter le «tout ou rien» pour la population. «La santé bucco-dentaire reste un défi sanitaire majeur, note le Conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard. On croit à tort que l’affaire est réglée sous nos latitudes, ce n’est pas le cas pour tous.» Actuellement, les lacunes de l’assurance de base conduisent une partie de la population précarisée, entre 5 et 10% environ, à renoncer aux soins. Cela entraîne diverses complications: infections, maladies cardio-vasculaires voire malnutrition, chez les aînés qui ne peuvent plus mastiquer.

Soulager les familles

Le Conseil d’Etat entend gommer ces disparités en ciblant les populations les plus vulnérables. 50% des soins de base ainsi qu’un examen complet tous les deux ans seront ainsi pris en charge pour les mineurs. «La prévention est essentielle, insiste le médecin dentiste Christine Cunier, tout ce qui est fait tôt est un gain pour l’avenir.» Pour encourager les parents à contracter une assurance complémentaire, qui couvrirait notamment l’orthodontie – absente du projet – le canton distribuera des bons de 200 francs à chaque naissance. Pour les adultes, un remboursement est prévu si les frais excèdent 3% du revenu net. Un plafond annuel de 5000 francs a été fixé. Chez les aînés, focus sur la prévention, étant donné qu’une bonne hygiène buccale peut prévenir une pneumonie sur dix.

Pour financer ces nouvelles prestations, le gouvernement mise sur deux leviers. D’une part, une taxe cantonale sur les distributeurs de boissons sucrées allant jusqu’à 30 centimes le litre (préconisée par l’OMS); d’autre part, une cotisation sociale de 3 à 4 francs (0,06%) prélevée sur le salaire des employés et des indépendants. Pourquoi cibler les sodas et non pas les biscuits ou les gâteaux? «Un tiers des 11-15 ans boit au moins une canette par jour, indique Christine Cunier. L’apport en sucre et l’acidité provoque une érosion dommageable.»

«Manque d’ambition»

Les initiants, qui avaient récolté plus de 15 000 signatures en juillet 2014, déplorent un contre-projet gouvernemental tardif, qui ne va pas assez loin. «Il laisse notamment de côté une partie de la population adulte, souligne Jean-Michel Dolivo, député de SolidaritéS. Nous souhaitons un accès équitable aux soins dentaires à travers une assurance sociale fondée sur la solidarité.» Une couverture sociale intégrale est estimée à 300 millions de francs. «Un montant aisément finançable grâce à un système proportionnel similaire à l’AVS, indique le secrétaire de Solidarités Vaud Pierre Conscience. C’est pourquoi nous recommandons de voter deux fois oui, avec une préférence pour notre projet.»

Pourquoi ne pas faire pression sur les assureurs pour intégrer les prestations dentaires à la Lamal plutôt que de faire porter leur coût par des tiers? «Le système ne supporte déjà pas les coûts actuels, déplore Pierre-Yves Maillard. Les primes explosent chaque année.» Le Grand Conseil devra se prononcer le 20 juin au plus tard. Le PLR vaudois a déjà réservé un accueil frileux au contre-projet, craignant qu’il ne devienne une «bombe à retardement» qui alourdirait le budget de la classe moyenne. «Comment le Conseil d’Etat entend-il mettre en œuvre cette taxe sans violer la liberté de commerce et créer une bureaucratie monstre?» s’interroge encore le parti dans un communiqué.

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