Energies souterraines

L’eau chaude oui, le gaz de schiste non

Le Conseil fédéral ne veut pas interdire le fracking en Suisse. Mais il veut limiter cette technologie à la géothermie profonde et souhaite exclure les gisements de gaz

Qu’avons-nous sous nos pieds? Pas à deux ou trois mètres de profondeur, ni à 200, mais à plusieurs kilomètres sous nos sols? On ne le sait pas vraiment. Mais on aimerait le savoir, notamment parce que l’on peut tomber sur des couches géologiques riches en eau chaude qui pourrait être ramenée à la surface et servir d’agent énergétique. Cela s’appelle la géothermie profonde. Le problème, c’est que l’on risque aussi de tomber sur des éléments que l’on ne souhaite pas forcément remonter à l’air libre, comme du gaz ou du pétrole de schiste, des métaux lourds ou des substances radioactives.

La méthode utilisée pour sonder ces roches profondes porte le nom de fracturation hydraulique ou fracking. Elle consiste à injecter de l’eau à très forte pression pour briser la roche et en libérer l’eau ou le gaz qu’elle contient. Lorsque l’objectif consiste à dénicher des hydrocarbures, l’eau injectée est stimulée par des additifs chimiques, voire du sable siliceux qui risquent de polluer les nappes phréatiques. Il peut en outre arriver que l’on fore pour puiser de l’eau chaude et qu’on tombe sur du gaz. C’est ce qui s’est passé à Saint-Gall en 2013.

Ni interdiction ni moratoire

Trois parlementaires, Felix Gutzwiller (PLR/ZH), Aline Trede (Verts/BE) – qui ont quitté les Chambres fédérales entre-temps – et Kathy Riklin (PDC/ZH) ont demandé au Conseil fédéral de se déterminer sur la fracturation hydraulique et le potentiel de la géothermie profonde. Le gouvernement a déterminé sa position vendredi en adoptant deux rapports: l’eau chaude oui, le gaz non.

Par principe, le Conseil fédéral ne veut pas interdire le fracking ni prononcer un moratoire. «Il le pourrait d’ailleurs difficilement, puisque le sous-sol relève de la compétence des cantons», fait remarquer la conseillère nationale Adèle Thorens (Verts/VD). Toutefois, il «ne soutient pas le recours à la fracturation hydraulique pour mettre en valeur des gisements de gaz». «C’est un message clair à l’adresse des cantons», commente Adèle Thorens.

Plusieurs cantons ont déjà pris des mesures

Plusieurs cantons ont d’ailleurs pris des mesures pour interdire l’extraction en profondeur de gaz ou de pétrole de schiste. En 2014, la société Celtique Energie a annoncé son intention de forer le sous-sol du Val-de-Travers pour faire remonter du gaz naturel. Cela a déclenché un mouvement de résistance dans cette région, véritable réservoir d’eau potable du canton de Neuchâtel. Dans la foulée, le Grand Conseil a décrété un moratoire de dix ans. D’autres cantons, comme Berne, Genève ou Fribourg, ont pris des mesures similaires.

Dans le canton de Vaud, un même moratoire a été prononcé en 2011. Mais le projet de loi cantonale sur les ressources naturelles du sous-sol n’interdit pas explicitement l’extraction d’hydrocarbures. Or des projets existent dans le Gros-de-Vaud, la région Broye-Vully et l’extrémité chablaisienne du Léman. C’est pourquoi les Verts vaudois vont lancer une initiative populaire le 10 mars. Le texte veut interdire «la prospection, l’exploration et l’extraction d’hydrocarbures». Il autorise en revanche l’exploitation «rationnelle, économe et respectueuse de l’environnement» des ressources énergétiques, ce qui laisse la possibilité de recourir à la technologie de fracturation pour la géothermie profonde, précise Alberto Mocchi, président du parti cantonal.

Risque de séismes

«Nous sommes favorables à la géothermie profonde», confirme Adèle Thorens. L’utilisation de l’eau chaude souterraine présente un certain intérêt dans la perspective de la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050). Elle peut produire de l’énergie en continu et apporter ainsi une «contribution importante à la sécurité de l’approvisionnement», constate le Conseil fédéral. Le potentiel est estimé à 4400 gigawattheures. Il est malgré tout modeste en regard de la production totale d’électricité en Suisse: 64 000 gWh en 2016.

La SE 2050 prévoit des contributions pour promouvoir la prospection des entrailles terrestres pour en extraire de l’eau chaude. En plus des rétributions usuelles destinées aux énergies renouvelables, les promoteurs pourraient bénéficier d’une subvention supplémentaire de 7,5 centimes par kWh d’électricité. Le Conseil fédéral veut y croire: «A quatre ou cinq kilomètres sous la surface terrestre, la chaleur est suffisamment importante pour couvrir plusieurs fois les besoins en électricité et en chaleur de la Suisse», écrit-il dans son rapport.

Ce n’est pas encore au point. Mais ça vaut la peine de continuer les recherches, car le potentiel est excellent

Mais qui voudra se lancer? Deux des principaux essais effectués jusqu’à maintenant, à Bâle et à Saint-Gall, ont provoqué des séismes «perceptibles à la surface» et «dépassant le niveau acceptable dans la région». A Zurich, une troisième tentative s’est terminée en «forage sec». En d’autres termes: on n’a pas trouvé d’eau chaude. «Ce n’est pas encore au point», admet Adèle Thorens. «Mais ça vaut la peine de continuer les recherches, car le potentiel est excellent», poursuit-elle. Geo-Energie Suisse SA partage son optimisme: cette société développe un projet pilote dans la commune jurassienne de Haute-Sorne.

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