Corruption

L’étrange séminaire du docteur Giannakopoulos

Une journaliste britannique s’interroge sur le rôle du président de l’Observatoire du crime organisé à Genève, dans le cadre d’une rencontre dédiée au scandale malaisien 1MDB. Le principal concerné se défend

Le président de l’Observatoire du crime organisé (OCO) à Genève, qui assure avoir des relations privilégiées avec le procureur général de la Confédération, est dans la ligne de mire du blog britannique Sarawak Report. Nicolas Giannakopoulos est soupçonné par la journaliste Clare Rewcastle Brown d’être au service du pouvoir en place en Malaisie, dans le cadre de l’affaire 1MDB, le scandale financier de la décennie. Le tout, sous couvert d’activités liées à l’Université de Genève (UNIGE), qui a reçu ce mardi une lettre recommandée de Lukas Straumann, directeur du Bruno Manser Fund, lui demandant des explications.

Lire aussi: Le Kazakhstan enrôle un expert genevois dans sa campagne d’influence occulte

Tout a commencé par un séminaire privé, organisé en octobre dernier par Nicolas Giannakopoulos et placé sous l’égide de l’alma mater genevoise. Plus exactement, l’Observatoire universitaire de la sécurité (OUS), dépendant du Global Studies Institute. L’intitulé de la rencontre: «Corruption et gouvernance en Malaisie.» Occasion durant laquelle des membres de l’opposition au gouvernement malaisien, ainsi que des enquêteurs et autres personnes au fait du scandale 1MDB, ont été conviés pour, officiellement, «échanger» leurs points de vue et leurs connaissances intimes du dossier, en toute confidentialité.

«Nous avons été trompés, s’emporte Pascal Najadi, l’un des participants qui a livré lors de cet événement des données sensibles liées à l’assassinat politique de son père, fondateur de la banque centrale de Malaisie. Ce séminaire, censé réunir, selon l’intitulé de l’UNIGE, des autorités de la Confédération et des membres du Parquet fédéral, était financé par Nicolas Giannakopoulos, lequel anime des sociétés d’intelligence économique, et l’Observatoire du crime organisé [OCO]. Je n’y serai jamais allé si je l’avais su que l’UNIGE n’était pas à l’origine de cette initiative.»

Versions fluctuantes

Contacté, Nicolas Giannakopoulos confirme avoir payé la moitié des 17 000 francs ayant servi à faire venir et loger ses convives, le solde ayant été réglé par l’OCO. De son côté, le Prof. Frédéric Esposito, directeur de l’OUS, ne voit pas où est le problème: «Ce séminaire était une discussion académique. Je suis très surpris de la tournure que prennent les événements et Nicolas Giannakopoulos garde toute ma confiance.»

Clare Rewcastle Brown estime quant à elle que Nicolas Giannakopoulos est en cheville avec le pouvoir malaisien, afin d’obtenir des détails sur l’enquête 1MDB. Elle a publié sur son blog la retranscription d’une conversation qu’elle a eue à Londres avec le président de l’OCO, lequel avait souhaité la rencontrer à l’issue du séminaire genevois. Ce dernier y déclare, à plusieurs reprises, détenir des éléments d’instruction de l’affaire 1MDB, de la bouche du procureur général Michael Lauber.

«C’est totalement ridicule, dément Nicolas Giannakopoulos. De plus, prétendre que je suis un agent de la Malaisie est une absurdité.» Et ce dernier de changer de version, après avoir été confronté, plus en détail, aux retranscriptions de Clare Rewcastle Brown, que Le Temps s’est procuré: «Oui, j’ai discuté avec Michael Lauber. Mais ce dernier m’a simplement donné son avis concernant les possibilités de rapatriement des fonds malaisien gelés en Suisse. Rien de plus. L’article de Clare risque de compromettre l’enquête et l’espoir de voir un jour cet argent gelé servir à des programmes d’éducation en Malaisie.» Nicolas Giannakopoulos s’est également défendu dans un communiqué.

Interpellé, le Ministère public de la Confédération affirme que jamais aucune information confidentielle issue de l’enquête pénale malaisienne n’a été transmise à Nicolas Giannakopoulos.

Publicité