Retraites

Et maintenant, la guerre des rentes se jouera devant le peuple 

Le Parlement a accepté de justesse la réforme Prévoyance vieillesse 2020. Au peuple désormais de se prononcer. Les oppositions s’annoncent rudes

Le compte y est. Il fallait 101 voix pour que la réforme de la prévoyance vieillesse soit acceptée jeudi par le Conseil national et elle les a obtenues. In extremis et de justesse, grâce à la Lega tessinoise et aux Verts libéraux. Prêts à enterrer le résultat de près de 170 heures de débats sous la coupole, le PLR et l’UDC ont perdu ce bras de fer.

Lire aussi notre éditorial: L’insoutenable suspense sur l’AVS, signe d’un climat dégradé à Berne

«Nous sommes aujourd’hui au début d’une campagne de votation», lance la conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD), qui a passé des heures sur la tribune à défendre le point de vue de la droite face au PDC, au PBD, au PS, aux Verts. En vain, mais qu’à cela ne tienne car le prochain rendez-vous est d’ores et déjà fixé au 24 septembre pour la votation populaire.

«Je défendrai les femmes»

Isabelle Moret assure qu’elle sera du combat. «Je me réjouis d’expliquer qu’avec cette réforme, une femme devra travailler une année de plus pour verser un bonus de 70 francs à ces messieurs qui n’en ont pas besoin. Je suis prête à défendre les femmes contre les mâles alpha de la gauche».

La conseillère nationale vaudoise met ainsi le doigt sur les principales nouveautés de la réforme. Les femmes travailleront une année de plus, jusqu’à 65 ans, comme les hommes. Les nouvelles rentes AVS augmenteront de 70 francs pour compenser la baisse du taux de conversion 6,8% à 6% sur le capital du 2e pilier. Le taux de TVA sera augmenté pour alimenter la caisse de l’AVS.

PLR et UDC se sont opposés jusqu’au bout à ce bonus arrosoir de 70 francs. Pour eux, il s’agissait de la ligne rouge à ne pas franchir. Le Tessinois Ignazio Cassis, chef du groupe parlementaire, parle d’un «traitement de luxe». Pour Sebastian Frehner (UDC/BS), il s’agit «d’une proposition totalement ratée». Son parti annonce qu’il «combattra ce projet nocif».

Le projet doit encore passer le cap des votes finaux, ce vendredi matin. Ensuite, les choses iront effectivement très vite. Le taux de TVA étant inscrit dans la Constitution, une votation populaire est obligatoire. Un référendum est également possible.

Des patrons tentés par le oui

Rude bataille en perspective? «En face, il y a effectivement beaucoup d’argent pour mener une campagne d’opposition au projet, confie Rebecca Ruiz (PS/VD). Mais j’attends de voir quelle forme elle prendra».

En effet, si les principales organisations patronales rejettent le projet, d’autres ont rangé les armes ou sont prêtes à le faire. Les institutions de prévoyance, les milieux agricoles, de la gastronomie, de l’hôtellerie ont déjà fait savoir qu’ils vivraient avec la réforme. La section genevoise de la Fédération des entreprises romandes a également plaidé en faveur de la nécessité d’un projet, quel qu’il soit. Enfin, le directeur général du Centre patronal vaudois fait dans nos colonnes ce constat: il y a dans cette réforme plus de points positifs que négatifs.

Lire aussi: «Je proposerai à notre comité de soutenir la réforme»

Relever l’âge de la retraite des femmes et baisser le taux de conversion, ceci avec la bénédiction des dirigeants socialistes et syndicaux, il y a effectivement de quoi hésiter. Surtout que la facture d’un rejet est connue: sans réforme, l’AVS attendra un déficit cumulé d’environ 40 milliards de francs suisses en 2030.

Lire aussi: «Qui est contre la retraite à 67 ans doit dire oui à cette réforme»

Pour les partisans de cette réforme, le danger viendra aussi de l’intérieur et ils le savent, notamment au Parti socialiste et dans les milieux syndicaux. «C’est vrai, il va falloir faire preuve de beaucoup de pédagogie pour expliquer aux femmes de gauche pourquoi elles devraient accepter de partir à la retraite une année plus tard. On ne compensera jamais tout à fait un tel effort. Mais il y a dans ce projet de réelles avancées», avoue Rebecca Ruiz.

Dans les milieux syndicaux, on s’attend également à de rudes débats. Unia et le Syndicat des services publics (SSP) prendront position ce samedi, l’Union syndicale suisse vendredi prochain. Certaines sections sont prêtes à en découdre.


Les grands points

  • Bonus AVS Les futurs rentiers toucheront un supplément de 70 francs par mois. Pour les couples mariés, ce sera 226 francs par mois au maximum, soit 155% au lieu de 150% d’une rente individuelle.
  • Age de la retraite Il sera fixé à 65 ans pour les hommes comme pour les femmes, lesquelles devront donc travailler une année supplémentaire. L’adaptation se fera progressivement, en quatre paliers de trois mois. Cette mesure rapportera alors 1,2 milliard de francs à l’AVS.
  • Flexibilité Les assurés pourront prendre leur retraite entre 62 et 70 ans.
  • Taux de conversion Etant donné l’évolution de l’espérance de vie et les mauvais rendements sur les marchés financiers, le taux permettant de calculer le montant de la rente annuelle sur la base du capital du 2e pilier sera abaissé de 6,8 à 6%.
  • TVA Afin de contribuer au financement de l’AVS, 0,6 point de pourcentage viendra renflouer les caisses. Dans un premier temps, la mesure sera indolore étant donné qu’il s’agit d’un transfert du 0,3 point de pourcentage affecté à l’assurance-invalidité jusqu’à la fin de l’année. La seconde hausse de 0,3 point interviendra en 2021.
  • Veuves et orphelins Ils sont sauvés. Les veuves sans enfants continueront de toucher une rente. Et les retraités avec des enfants encore à charge ou en formation toucheront toujours un supplément.
  • Cotisations Dans le 1er pilier, le taux de cotisation actuel de 8,4% augmentera de 0,3%, soit 0,15% pour les employeurs et 0,15% pour les employés. Dans le 2e pilier, le seuil à partir duquel le salaire est assuré sera abaissé. Le taux par catégorie d’âge sera également modifié pour les groupes d’âge 35-44 ans et 45-54 ans.
Publicité