Visite poignante

«Nous voulons rassurer la Suisse et Metalor»

Le président de l’Assemblée nationale du Burkina Faso a rendu hommage aux victimes de l’attentat de Ouagadougou et a abordé la question de l’extraction de l’or

En visite en Suisse, le président de l’Assemblée nationale du Burkina Faso, Salifou Diallo, s’est rendu vendredi après-midi au cimetière de Lens pour rendre hommage aux deux victimes valaisannes de l’attentat du 15 janvier 2016 à Ouagadougou. L’ancien directeur de La Poste Jean-Noël Rey et Georgie Lamon, qui travaillait depuis longtemps dans l’action humanitaire dans ce pays et dont la fille a épousé un Burkinabé, ont péri ce jour-là sous les balles de terroristes qui ont mitraillé la terrasse du café où ils étaient attablés, tuant trente personnes.

Accueilli par les autorités locales et les élèves de l’école, Salifou Diallo a déposé une couronne de fleurs et a rencontré les familles des victimes lors d’une cérémonie pleine d’émotion. «L’accueil fut incroyable», témoigne la conseillère nationale Isabelle Chevalley, qui connaît bien le Burkina Faso et a accompagné Salifou Diallo durant sa visite de quatre jours. «J’ai tenu à rendre hommage à deux citoyens suisses qui, victimes d’un acte barbare, ont sacrifié leur vie au Burkina Faso. J’ai exprimé la profonde gratitude de mon pays et de notre population, qui a été meurtrie par la perte de ces hommes. Nous souhaitons que la Suisse poursuive la coopération multiforme qu’elle fait depuis des années», tient-il à témoigner au Temps.

Matériel médical

Lors de son séjour, Salifou Diallo a rencontré la présidente de la Confédération, Doris Leuthard, ainsi que les présidents des Chambres fédérales. Il s’est rendu jeudi à Lausanne, notamment au CHUV. «J’ai voulu remercier cet établissement hospitalier d’avoir envoyé en 2016 trois conteneurs de matériel médical à l’hôpital de Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays. Cela leur a été d’un grand secours. Du personnel médical va aussi venir sur place. Nous sommes en train d’organiser ce voyage», complète-t-il.

Lors de mes échanges, j’ai pu discuter du système de formation professionnelle suisse, dont nous pouvons nous inspirer

Lors d’un détour par l’EPFL, Salifou Diallo s’est intéressé au transfert de technologie et au programme de formation en ligne MOOCs Afrique, auquel s’intéressent les universités africaines. L’accès des jeunes à la formation a été abordé à plusieurs reprises durant son séjour en Suisse. «Lors de mes échanges, j’ai pu discuter du système de formation professionnelle suisse, dont nous pouvons nous inspirer. Nous souhaitons accompagner les jeunes du Burkina Faso pour faciliter l’accès au travail et à la technologie», relève le président de l’Assemblée nationale.

La formation a aussi été l’un des thèmes de discussion lors de son passage chez Metalor, l’étape la plus confidentielle de sa visite. L’entreprise neuchâteloise raffine l’or de l’une des plus grandes mines du pays. Or, les conditions dans lesquelles ce minerai est extrait de la terre font régulièrement l’objet de controverses. En février 2016, deux ONG, Action de Carême et Pain pour le Prochain, avaient dénoncé les déplacements de population provoqués par l’exploitation de ce précieux métal, ainsi que les problèmes de sécurité, d’hygiène et de travail des enfants.

Formation à la production aurifère

Metalor avait réagi immédiatement et rejeté ces accusations. Le groupe affirmait agir de manière responsable et en respect des droits humains. Les soupçons des ONG avaient des vagues sous la Coupole fédérale. En 2014, le conseiller national Cédric Wermuth (PS/AG) avait déposé une interpellation demandant si Metalor avait traité «de l’or sale en provenance du Burkina Faso», ce dont l’entreprise s’est toujours défendue. Le Conseil fédéral avait alors répondu que le Bureau central du contrôle des métaux précieux n’avait «pas de soupçon quant au bien-fondé des activités de l’entreprise Metalor».

«Nous sommes venus rassurer Metalor, qui utilise 5% de l’or du Burkina Faso. La traçabilité de cet or est garantie, son extraction n’est pas le fait du travail des enfants et respecte les règles internationales. Nous sommes un pays sûr pour nos partenaires, contrairement à d’autres régions. Nous collaborons depuis longtemps avec cette entreprise et l’avons encouragée à poursuivre son travail dans notre pays dans le respect des règles», affirme-t-il. «Nous avons discuté d’un programme d’aide à la formation des jeunes dans la production aurifère. Nous allons maintenant mettre cette collaboration en œuvre», poursuit-il.

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