Élection

Frédéric Favre: «Je ne suis l’instrument de personne»

A 37 ans, néophyte en politique, le libéral-radical Frédéric Favre accède au gouvernement valaisan. Très diplomate, peut-être futur ministre des finances, il communique la mesure et la rigueur

Pour obtenir une place au gouvernement, le libéral-radical Frédéric Favre a battu les expérimentés Oskar Freysinger et Stéphane Rossini. Après une courte nuit et entre deux séances de direction, il reçoit Le Temps dans ses bureaux, perchés au-dessus des entrepôts de la société de grande distribution pour laquelle il travaille. Responsable des ressources humaines pour Migros, il pourrait bientôt diriger le département des finances de l’Etat du Valais.

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Le Temps: Vous êtes inscrit dans votre parti depuis une année, vous n’aviez jamais participé à une élection, et vous serez bientôt ministre. Cette réorientation professionnelle peut sembler improvisée…

Frédéric Favre: Non, j’ai mûrement réfléchi avant de tenter ma chance et j’ai toujours été un citoyen engagé, passionné par la chose publique. Je ne pense pas que l’univers de l’économie privée soit si différent de celui de l’administration publique. Ce qui m’arrive n’est pas si fou.

- Vous vous trouvez face à votre plus grand défi?

- C’est certainement l’un des plus grands défis de ma vie. Mais j’ai aussi fondé une famille ou participé à des championnats du monde de karaté. Je ne veux pas hiérarchiser ou comparer ces expériences très différentes.

- Vous pourriez vous griller aussi rapidement que vous avez été promu?

- C’est un risque mais il y a toujours des risques. Aujourd’hui je suis confiant. Je ressens à la fois une grande excitation et un peu d’anxiété. Je crois que c’est normal.

- Vous avez peut-être été élu pour le parti que vous représentez plus que pour vos qualités propres. Cette analyse vous vexe?

- Non, je suis fier de représenter le PLR. Je n’ai pas le monopole de ses valeurs, et je suis bien conscient qu’un autre libéral-radical aurait pu être à ma place. Nous étions trois à lutter pour une place et nous étions tous compétents. Stéphane Rossini et Oskar Freysinger ont des personnalités fortes, mais je crois qu’il faut des profils différents pour former une bonne équipe. Je suis convaincu que j’étais le plus à même d’intégrer le gouvernement qui se dessinait après le premier tour. Je comprends surtout que les Valaisans souhaitaient un collège équilibré. J’ai bénéficié d’un contexte particulier mais j’ai aussi su convaincre les gens.

- Pour vos adversaires, vous serez l’instrument de Christophe Darbellay…

- Ceux qui me connaissent savent que je ne suis et ne serai jamais l’instrument de personne. Beaucoup voulaient que le PLR retrouve une place au gouvernement et Christophe Darbellay n’est pas le seul à avoir fait part de son souhait de collaborer avec moi dans le futur. Je me réjouis de travailler avec lui comme avec tous mes collègues. Je crois que j’ai des choses à leur apporter et qu’ils ont des choses à m’apprendre.

- Vous devez tout de même une part de votre élection aux démocrates chrétiens. N’attendent-ils pas une contrepartie?

- Nous voulons construire un Valais ouvert et innovant et ça ne se fera pas à coup d’arrangements et de contreparties. Les démocrates-chrétiens attendent de moi que je reste cohérent avec le programme et les valeurs que je défends. Ils se reconnaissent dans mon profil centre droit.

- Comment pourrez-vous vous démarquer de ces démocrates-chrétiens majoritaires et presque tout puissants?

- Il est difficile de répondre à cette question. Je me retrouve partiellement dans chacun d’entre eux. Je partage la sensibilité environnementale de Roberto Schmidt, l’esprit d’entreprise de Jacques Melly et les idées économiques de Christophe Darbellay. Je me reconnais aussi dans la fibre humaniste d’Esther Waeber-Kalbermatten. Les différences apparaîtront lorsque nous aborderons des dossiers concrets.

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- Vous semblez désormais destiné à devenir ministre des finances. Ce département vous intéresse?

- Il m’intéresse comme tous les départements transversaux dont dépend la cohésion du gouvernement. L’important reste d’avoir une discussion collégiale et de mettre la bonne personne à la bonne place. La gestion des finances de l’Etat est une préoccupation chère à mon parti. Les ministres avec qui j’ai parlé ce dimanche savent qu’ils ne peuvent pas dépenser l’argent qu’ils n’ont pas. Ce département comprend aussi le service des ressources humaines. Ce service est important et il a eu beaucoup de travail ces dernières années. Il pourrait bénéficier de mes expériences professionnelles.

- C’est le dossier prioritaire selon vous?

- Les dossiers importants sont nombreux et nous les affronterons ensemble. Je crois que l’aménagement du territoire nécessite une attention particulière. Je suis aussi convaincu que nous devrons rapidement nous préoccuper de la fiscalité des entreprises. Le canton de Vaud pourrait bientôt proposer une fiscalité inférieure de dix points à la nôtre. Cette situation mettrait le Chablais valaisan sous pression. De manière générale, j’ai l’espoir que ce gouvernement saura travailler avec le parlement pour créer une vision commune qui fera émerger de nouveaux dossiers importants.

- Les Valaisans ont voté pour le changement. Leur canton sera-t-il vraiment différent dans quatre ans?

- Je ne veux pas mentir aux Valaisans, quatre ans c’est court et nous ne pourrons pas faire des miracles. D’ici là, j’espère qu’une vision d’avenir commencera à se dessiner au travers des nouveaux projets que nous aurons initiés. Notre rôle reste la création des conditions qui permettent aux acteurs de l’économie privée de jouer leur rôle. Le gouvernement n’inventera pas le tourisme du futur tout seul.

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L’UDC ne perd pas espoir en Suisse romande

Le parti agrarien reste confiant face aux prochaines élections dans les cantons de Neuchâtel et de Vaud

Le secrétaire général de l’UDC Suisse, Gabriel Lüchinger, réagit à la défaite d’Oskar Freysinger avec résignation: «Ce sont des choses qui arrivent», relève-t-il. Après les élections valaisannes, le Bernois Pierre Alain Schnegg reste le seul Romand au sein d’un exécutif cantonal. «Mais nous avons du potentiel dans tous les cantons romands», assure Gabriel Lüchinger.
D’autres rendez-vous du calendrier électoral romand s’approchent. Le 2 avril, le parti agrarien propose aux électeurs neuchâtelois un ticket de trois candidats. L’ancien conseiller communal UDC de La Chaux-de-Fonds Jean-Charles Legrix ainsi que Stephan Moser et Xavier Challandes sont les espoirs du parti pour regagner des sièges au Conseil d’Etat. A la suite de la démission d’Yvan Perrin, son siège avait été perdu en faveur du PLR en 2014.

Pour qu’une campagne réussisse, l’UDC doit miser sur des personnalités convaincantes. «Les sections cantonales sont sollicitées. Nous devons trouver de bons candidats qui puissent gagner la confiance des électeurs», ajoute Gabriel Lüchinger.

Dans le canton de Vaud, les élections du 30 avril pourront se révéler un indicateur décisif pour savoir si les campagnes romandes du parti pour les exécutifs rencontrent du succès. Même si, ces dernières années, l’UDC a su consolider sa position de troisième force au niveau législatif, les dirigeants vaudois du parti peinent à nommer des candidats aptes à regagner le siège perdu après le décès de Jean-Claude Mermoud en 2011. Jacques Nicolet, candidat représentant plutôt l’aile agrarienne et modérée de l’UDC, a convaincu les dirigeants de l’UDC à Berne: «C’est un candidat bien ancré dans le paysage politique vaudois», relève Gabriel Lüchinger.

Ne faudrait-il pas rétablir le poste de coordinateur romand, pour mieux représenter le parti en Suisse romande et organiser les différentes sections cantonales? «Nous n’avons pas le projet de réintroduire ce poste pour le moment», répond le secrétaire général de l’UDC. L’ancien coordinateur, Claude-Alain Voiblet, est tombé en disgrâce à la suite de querelles internes au sein de la section vaudoise du parti. (Marco Brunner)

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