Vaud

Majorité de femmes ou majorité de droite, il faudra choisir

Quatre femmes font la majorité depuis cinq ans au sein du collège gouvernemental vaudois. Elles portent d’autres thèmes politiques que leurs collègues masculins. Une complicité menacée par la volonté de la droite de reprendre la première place

«Il nous est arrivé de nous retrouver toutes les quatre dans les toilettes des femmes afin de forger une majorité à présenter aux hommes en sortant», racontait la ministre socialiste Nuria Gorrite en parlant de ses collègues du Conseil d’Etat, lors du dernier brunch organisé par politiciennes.ch. Parce que le canton de Vaud, contrairement à la tendance alémanique où les femmes au sein des exécutifs se font de plus en plus rares, se prévaut depuis cinq ans d’un gouvernement à majorité féminine. L’écologiste Béatrice Métraux, les deux socialistes Anne-Catherine Lyon (qui ne se représente pas) et Nuria Gorrite, ainsi que la PLR Jacqueline de Quattro ont un poids qui, parfois, dépasse leurs lignes partisanes. L’anecdote pipi-room concernait le compromis trouvé sur la caisse de pension.

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Plus délicat, Jacqueline de Quattro est une élue PLR dont le parti cherche à renverser la majorité à droite aux prochaines élections cantonales. Pour cela, il s’est allié au candidat UDC Jacques Nicolet qui, pas plus tard que l’été dernier, rédigeait un pamphlet promouvant la place des femmes à la maison.

Nous ne sommes pas des féministes de première, mais il nous arrive d’avoir une approche différente d’avec nos collègues masculins

Jacqueline de Quattro, conseillère d’Etat

«Il est de notoriété publique que Jacqueline de Quattro peine à soutenir ce candidat UDC qui remet la femme à la cuisine», nous glisse-t-on dans son entourage. Alors, pour quelle majorité de droite ou de femmes préfère-t-elle se battre? «Ne me demandez pas de choisir entre mon sexe et mon parti», s’exclame-t-elle, avec une sincérité qui touche. Lors de ce même brunch, elle rendait hommage au travail de sa collègue socialiste Anne-Catherine Lyon, en déplorant la façon dont elle fut éjectée du gouvernement. Elle relevait enfin la solidarité qui avait prévalu entre elles quatre.

Combat pour l’égalité salariale

«Entre femmes, nous avons parfois réussi à faire basculer des décisions qui nous tenaient à cœur», évoque Jacqueline de Quattro. «Nous ne sommes pas des féministes de première, mais il nous arrive d’avoir une approche différente d’avec nos collègues masculins, une sensibilité pour certains dossiers qui les touchent moins». Elle pense à la cause de la violence domestique, contre laquelle elle vient de sortir une loi. À l’égalité salariale, aussi: «On hérisse toujours un peu le poil de ces messieurs lorsque l’on aborde le sujet… Comme si on leur faisait la morale, alors que les chiffres sont là!»

Le gouvernement majoritairement féminin a aussi usé de sa marge de manœuvre pour durcir les contrôles de l’égalité salariale au sein des entreprises bénéficiant de l’attribution d’argent public. Des efforts pour une meilleure conciliation vie professionnelle et vie privée, notamment sur les accueils de jour des enfants, ont vu le jour.

Discours «genrés»

Il y aurait donc un véritable enjeu autour du poids politique des femmes dans un exécutif. On se souvient de la majorité féminine au Conseil fédéral en 2011 qui avait fait la fierté du pays et que l’on lie volontiers à la décision historique de sortie du nucléaire. «J’essaie de combattre le cliché que les femmes font de la politique différemment des hommes, j’évite les constructions de discours genrés», explique Delphine Oulevey du réseau politiciennes.ch. «Mais chaque politique a ses priorités, ses préférences, des sujets dont il souhaite s’emparer».

Pourquoi ne mettrions-nous pas systématiquement en place des listes paritaires, ou au moins des objectifs?

Florence Bettschart-Narbel, présidente du parti libéral-radical lausannois

Si la représentation égalitaire des femmes au Conseil d’Etat vaudois est plus qu’atteinte, elle ne l’est pas encore au sein de son législatif où seul un tiers de femmes siègent. Florence Bettschart-Narbel, présidente du parti libéral-radical lausannois et candidate au Grand Conseil, estime que les femmes ne sont pas assez mises en avant. «Il y a une forte solidarité entre les hommes et je le remarque d’autant plus durant cette campagne. Pourquoi ne mettrions-nous pas systématiquement en place des listes paritaires, ou au moins des objectifs?» En effet, certaines sections du PS n’ont pas hésité à retirer des hommes de leurs listes pour satisfaire la clause de parité.

Vaud est peut-être l’un des premiers cantons à avoir accordé le droit de vote aux femmes mais, selon l’élue communale, il n’en reste pas moins conservateur. Pour la prochaine législature, si le clan de gauche conserve sa majorité, le canton voit tout de même en Nuria Gorrite la future présidente du gouvernement, comme Pierre-Yves Maillard l’a lui-même suggéré dans une récente interview à «24Heures».

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