énergie

Stratégie pour de l'électricité indigène

Le comité interpartis favorable à la réforme de l’énergie mise sur une campagne courte et dense. Il est convaincu que le développement des ressources indigènes, en particulier l’hydraulique et le photovoltaïque, et les économies d’énergie compenseront l’arrêt des centrales nucléaires

Les partisans de la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050) misent sur une campagne courte et dense pour contre les arguments de leurs adversaires. Ils disent ne pas avoir les mêmes moyens: «Nous n'avons pas de millionnaires derrière nous», ironise le président des Vert'libéraux Martin Bäumle. Néanmoins, leur budget officiel de campagne est comparable à celui des opposants: 2 millions de francs. La différence, c'est que les adversaires bénéficient de l'appui apparemment sans limites de la famille Blocher.

Les organisations économiques sont divisées: ainsi, si des organisations faîtières comme Swissmem se sont rangées du côté des opposants de la Stratégie énergétique, d'autres la soutiennent. Le chef du groupe parlementaire socialiste Roger Nordmann évoque le soutien politique, mais pas forcément financier, de l'Association des électriciens suisses (AES), de la Société suisse des architectes et ingénieurs (SIA), Suissetec, sans oublier celui de l'Union suisse des arts et métiers (USAM) - qui est pourtant divisée -, de la Fédération romande immobilière (FRI) et de tous les partis politiques nationaux à l'exception de l'UDC.

Pour le comité interpartis, la sortie progressive du nucléaire est actée et le remplacement de cette ressource doit être planifié sans délai afin que la part des réacteurs à la production d'électricité suisse - un tiers - puisse être compensée d'ici à 2035. Son argumentation repose sur deux piliers: le développement des énergies renouvelables et les économies d'énergie. «Les scénarios les plus récents montrent que le potentiel de l'hydraulique et du solaire est plus grand que ce qu'on avait imaginé», affirme Roger Nordmann, par ailleurs président de Swissolar.

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Le comité juge le coût de la réforme supportable. «Bien sûr que le train de mesures proposé coûte quelque chose. La sécurité de l'approvisionnement a son prix et plus nous serons autonomes, plus cela coûtera cher», reconnaît le conseiller aux Etats Werner Luginbühl (PBD/BE). Il critique cependant les menaces de douche froide et les chiffres astronomiques brandis par leurs adversaires, qui reposent sur des projets de taxes incitatives contenues dans une deuxième étape dont on sait qu'elle est déjà mort-née.

Consommation stable

Pour financer l'essor des renouvelables, le projet soumis au verdict populaire le 21 mai propose d'augmenter de 1,5 ct/kWh à 2,3 ct/kWh le supplément perçu sur le prix de l'électricité. Le comité s'en accommode dans la mesure où les subventions ainsi financées sont limitées à fin 2022, à l'exception de contributions à l'investissement, qui courront jusqu'en 2031. Les partisans de la nouvelle législation sur l'énergie assurent que, contrairement à ce que prétendent leurs adversaires, ces subventions ne seront pas prolongées.

Ils ne jugent pas indispensable que les agents renouvelables compensent la totalité de la production nucléaire. Ils partent de l'idée que l'assainissement des bâtiments permettra d'économiser les besoins en énergie, électricité incluse. Le démocrate-chrétien Stefan Müller-Altermatt souligne que «contrairement à nos adversaires qui n'ont pas de stratégie, nous en avons une et nous savons de quoi nous parlons». Le comité en a profité pour critiquer les revendications de subventions déposée par la branche électrique révélées par Le Temps dans son édition du 19 avril.

L'Office fédéral de l'énergie (OFEN) a précisément publié vendredi les chiffres pour 2016. La consommation d'électricité est restée stable: 58,24 milliards de kWh, en recul de 0,01%. On est donc encore loin des valeurs contenues dans la nouvelle loi: elle parle d'une baisse de la consommation de courant de 3% d'ici à 2020 et de 13% d'ici à 2035. Quant à la production, elle a reculé à 61,6 milliards de kWh (-6,6), notamment en raison de l'arrêt prolongé des centrales nucléaires de Beznau I et de Leibstadt en 2016 et de la baisse de la production hydraulique. Cela a été compensé par une hausse des importations. «Mais la Suisse se trouverait rapidement prise au dépourvu si elle était forcée d'acheter à l'étranger l'entier de l'électricité produite par le nucléaire», considère Roger Nordmann.

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