Question jurassienne

Tempête dans un verre d’eau à Moutier

Douze recours ont été déposés concernant le vote du 18 juin, dont le résultat ne devrait cependant pas être remis en cause

Les citoyens de Moutier devront-ils revoter à la suite d’irrégularités lors du vote historique sur leur future appartenance cantonale? Ce lundi, le Ministère public du Jura bernois et du Seeland a confirmé qu’il avait été saisi d’une plainte pénale.

Le 18 juin dernier, le suspense avait été aussi insoutenable qu’interminable. Finalement, après cinq heures de dépouillement et un recomptage partiel des bulletins, le verdict tombait: à une majorité de 52%, soit de 137 voix précisément, Moutier décidait de se rattacher au canton du Jura. La capitale prévôtoise, envahie par 5000 à 10 000 autonomistes, avait alors vécu une nuit de folie.

Soupçons de votes monnayés

Trois mois plus tard, la liesse est retombée et la justice doit s’emparer de l’affaire. Ce n’est pas une surprise. Durant les jours précédant le scrutin, les rumeurs de recours s’étaient multipliées. Finalement, douze plaintes ont été déposées à la préfecture de l’arrondissement du Jura bernois. Le préfet, Jean-Philippe Marti, a transmis l’une d’entre elles au Ministère public en juin dernier déjà. Celle-ci concerne en effet le monnayage de vote, une pratique qui tombe sous le coup du Code pénal.

Côté antiséparatiste, l’espoir renaît quelque peu: «Le fait que la justice doive s’emparer de l’affaire prouve que certaines irrégularités ont eu lieu», déclare Marc Tobler, conseiller municipal de Moutier. «Ce sera désormais à elle d’estimer s’il y en a eu suffisamment pour justifier un nouveau vote», ajoute-t-il.

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Cette hypothèse est toutefois peu vraisemblable. Car jamais, dans l’histoire suisse, les organisateurs d’une votation n’ont pris autant de dispositions pour en assurer le bon déroulement. Rappelons que le vote par correspondance avait été envoyé exceptionnellement à l’Office fédéral de la justice (OFJ) à Berne. Les EMS et l’hôpital avaient eux aussi reçu des consignes pour éviter toute utilisation abusive du matériel de vote.

Quant à l’OFJ, il avait encore mobilisé au tout dernier moment dix collaborateurs supplémentaires pour vérifier toutes les cartes de légitimation sur la base d’une liste de référence, cela pour éviter qu’une personne ne vote deux fois. Dans un premier temps incomplète, cette liste n’avait été transmise que très tardivement par les autorités prévôtoises à l’OFJ, soit la veille du scrutin seulement.

Nouveau vote peu probable

Même si l’enquête du Ministère public doit encore le confirmer, ce luxe de précautions a probablement empêché toute fraude massive susceptible de fausser l’issue du scrutin. Car la justice devrait découvrir plusieurs dizaines de cas d’irrégularités – une septantaine environ – pour que le préfet puisse ensuite l’invalider.

Maire séparatiste de Moutier, Marcel Winistoerfer ne se fait aucun souci. «Que la justice découvre quelques cas isolés d’irrégularités n’est pas exclu, mais jamais dans une ampleur pouvant remettre en cause le résultat du vote», affirme-t-il.

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Bien qu’approchant de son terme, en tout cas pour une génération, la question jurassienne restera chaude ces prochains jours. Le 17 septembre prochain, les deux dernières communes, Sorvilier et Belprahon, devront encore se prononcer sur leur appartenance cantonale.

Ici aussi, les esprits s’échauffent: à Sorvilier, un groupe de six citoyens antiséparatistes a déposé un recours, estimant que le message du Conseil municipal est «incomplet et contraire à la vérité, à l’objectivité et à la proportionnalité». Encore du travail pour le préfet, ou plutôt pour son successeur, car Jean-Philippe Marti prendra sa retraite le 30 novembre prochain.

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