Les paysans manifesteront ce samedi à Berne – ou du moins une partie d’entre eux. Organisé par le collectif «Agriculture du futur», qui présentait ce mardi sa «vision» pour un travail de la terre «social, paysan et agroécologique», le déploiement urbain vise à contester le dernier livre blanc du Conseil fédéral en la matière – La Politique agricole 22+ – publié la semaine dernière.

Qualifié de «bricolage» par le collectif dont font notamment partie le WWF, Pro Natura, Greenpeace et les activistes de la Grève du climat, le plan agricole de la Confédération ne convainc pas l’association, qui demande un pas supplémentaire: davantage de solidarité, moins de pollution, une meilleure préservation de l’écosystème, moins de gaspillage des ressources. La liste des réclamations est longue et s’inscrit dans une année 2020 qui s’annonce cruciale pour les paysans.

La grande peur dans la campagne

«Les agriculteurs doivent pouvoir vivre de leur travail», tape du poing Ursina Töndury, représentante d’Uniterre. «Nous exigeons des émissions nettes nulles d’ici à 2030 et l’agriculture joue à cet égard un rôle clé», embraie Anja Gada du collectif Grève du climat. «Non à l’agriculture industrielle», intime Regina Fuhrer, présidente de l’Association des petits paysans. Le message est limpide: selon les membres d'«Agriculture du futur», la PA22+ ne va pas assez loin. Le livre blanc prévoit bien davantage de protection sociale pour les couples d’exploitants, une meilleure protection des eaux et un renforcement général des exigences environnementales soumises aux paysans. Mais il reste insuffisant selon les protestataires, qui réclament une «vision nouvelle qui place l’humain au centre».

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Egalement critique envers la PA22 +, l’Union suisse des paysans (USP) ne renie pas cette idée. La faîtière agricole considère toutefois d’un œil positif les mesures destinées à contrer la menace suscitée en 2020 par deux initiatives qui terrifient le monde paysan: «Pour une eau potable propre et une alimentation saine», qui propose de priver de subventions les exploitations qui utilisent des pesticides, administrent des antibiotiques à leurs animaux de manière préventive ou qui ne parviennent pas à nourrir leurs animaux avec ce qu’elles produisent; et «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse», qui réclame exactement ce qu’indique son nom: l’interdiction de tout pesticide en Suisse.

«On ne peut pas renforcer la production locale en la sabordant»

«Si ces objets sont acceptés, la production suisse chutera immédiatement et les importations augmenteront, se lamentait en novembre dernier le président de l’USP, Markus Ritter (PDC/SG), lors de l’assemblée générale de l’Union. Les consommateurs veulent par ailleurs moins de pesticides mais la vente de produits bios stagne. Or, si on ne vend pas ces produits, cela n’a pas de sens de les produire.» Quelle position le collectif «Agriculture du futur» adopte-t-il sur ces deux initiatives? «Nous n’avons pas encore décidé, admet Dominik Wasser, son porte-parole. Nous aimerions bien sûr sortir des pesticides. Mais nous voulons travailler avec et non pas contre les paysans.»

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La réponse est hésitante, car tout le dilemme est là: la plupart des paysans désirent eux-mêmes réduire l’utilisation de produits phytosanitaires, mais pas du jour au lendemain. «Nous sommes bien conscients des enjeux, soupire Jacques Bourgeois (PLR/FR), le directeur de l’USP. Mais on ne peut pas renforcer la production locale en la sabordant.» Le Conseil fédéral a recommandé le rejet des deux initiatives sans contre-projet.