route

220 millions pour le «chaînon manquant» neuchâtelois

Un double tunnel de 800 mètres a été inauguré lundi par Doris Leuthard, qui l’estime nécessaire mais réalisé «au prix fort». L’autoroute A5 traverse le canton de part en part

Les premières esquisses de l’autoroute Yverdon-Soleure, par Neuchâtel et Bienne, remontent à 1955. En 2014, l’A5 n’est toujours pas terminée. L’évitement de Bienne reste un serpent de mer, les plus optimistes espèrent sa concrétisation à l’horizon 2030. Depuis ce lundi, une section nouvelle est ouverte au trafic, 1,7 kilomètre à la sortie sud-ouest de Neuchâtel, avec le tunnel de Serrières. Ainsi, les 36,5 kilomètres d’A5 qui traversent le littoral du canton de Neuchâtel sont carrossables, près de quarante ans après l’ouverture des premiers tronçons et dix-neuf ans après la mise en service des tunnels sous la ville de Neuchâtel.

Depuis 2005, il ne manquait qu’une courte section de 1,7 kilomètre, le désormais célèbre évitement de Serrières. Certains avaient estimé inutiles les travaux d’enfouissement de ce «chaînon manquant» – ce «verrou entre Helsinki et Lisbonne», avait osé l’ancien conseiller d’Etat Carlos Grosjean –, car la route longeant les usines du cigarettier Philip Morris, sur laquelle circulent 44 000 véhicules par jour, semblait «faire l’affaire». En 2005, le conseiller d’Etat vert Fernand Cuche avait tenté d’affecter les 125 millions prévus pour le tunnel de Serrières au projet de Transrun ferroviaire ou à celui d’évitement routier du Locle. Sans succès. Il avait dû renoncer pour que la manne fédérale ne soit pas «perdue».

Les travaux de percement d’un double tunnel en milieu urbanisé, entre ville et lac – de 829 mètres pour un tube et 773 pour l’autre, avec des accès sur une longueur totale de 1730 mètres –, ont débuté en 2008. Ils sont presque terminés et les tunnels sont désormais utilisables par les automobilistes. Malgré le coût élevé du projet, des travaux complémentaires sont encore programmés. Il faut ainsi refaire le revêtement d’un des tunnels l’été prochain, l’entreprise n’ayant pas souscrit aux exigences de qualité requises.

Gaspi d’or

En 2004, deux hebdomadaires romands avaient attribué le Gaspi d’or au projet de tunnel de Serrières, estimant le «cas exemplaire des standards luxueux de la construction en Suisse». A l’époque, le projet était devisé à 140 millions.

Au final, la facture se montera à 220 millions, études et acquisitions de terrain comprises. Certes, les travaux se limitent à 175 millions, mais Doris Leuthard, venue inaugurer le «chaînon manquant», le jugeant certes «nécessaire», s’est appuyée sur le chiffre global pour estimer que «130 millions le kilomètre d’autoroute, c’est payer au prix fort. Nous avons probablement atteint la limite supérieure.» La Confédération prend à sa charge 88%, le canton les 12% restants.

La conseillère fédérale a plaidé pour les investissements en infra­structures de transport, «rentables et garants de la cohésion nationale». Elle s’est prononcée pour une «stratégie globale» des transports, routiers et ferroviaires. Les quelque 400 invités ont guetté dans l’intervention de la ministre son appréciation des projets d’évitements autoroutiers de La Chaux-de-Fonds et du Locle, pour un milliard, qui auraient été mis en chantier si la hausse de la vignette autoroutière avait été acceptée. Doris Leuthard a constaté que, faute de moyens financiers, ces projets restent en stand-by.

Publicité