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«24 heures» taxé de «révisionnisme à la vaudoise»

Jugé antisémite, Marcel Regamey figure parmi les 250 nominés de l’opération «le plus grand des Vaudois»

La section vaudoise de la Ligue internationale contre le racisme et ­l’antisémitisme (Licra) n’a pas apprécié que 24 heures ait retenu Marcel Regamey, fondateur de la Ligue vaudoise, au nombre des personnalités parmi lesquelles ses lecteurs devront élire «le plus grand des Vaudois» des 250 dernières années. Président de la Licra Vaud, Jean Martin s’est fendu d’une lettre au rédacteur en chef du quotidien vaudois, dont Le Temps a obtenu copie. «Marcel Regamey était notoirement antisémite, écrit-il. Nous avons vu que cela est relevé dans la courte biographie apparaissant dans le supplément consacré à ce concours. Cette mention suffit-elle à dédouaner l’intéressé et à autoriser sa présence sur la liste? Clairement, nous ne le pensons pas.»

Fondateur du mouvement Ordre et Tradition en 1919, devenu la Ligue vaudoise en 1933, Marcel Regamey défendit des positions antisémites dans l’organe du mouvement, La Nation. Proche de l’idéologie maurrassienne, grand défenseur de la souveraineté vaudoise, il s’illustre par ses prises de position contre la démocratie et les droits de l’homme. Parmi ses articles les plus sulfureux figurent «Défie-toi du Juif», en 1936 – il y écrit que «[…] le désordre économique actuel, qui provient essentiellement d’une énorme disproportion entre les valeurs de spéculation et les richesses réelles, porte le sceau du peuple de Jacob. Il est normal qu’instinctivement les foules se lèvent contre lui […]» – ou «Le problème juif» en 1942.

Réactions indignées

Largement de quoi susciter l’ire de la Licra. «J’ai reçu plusieurs réactions indignées, explique Jean Martin. Je suis d’ordinaire plus médiateur que bagarreur, mais après avoir consulté plusieurs avocats de notre comité, j’ai jugé qu’il fallait réagir. Marcel Regamey n’a pas sa place parmi les personnalités retenues. On ne peut pas faire du révisionnisme à la vaudoise en trouvant des circonstances atténuantes à des positions inadmissibles. C’est une erreur.»

Contacté, le rédacteur en chef de 24 heures, Thierry Meyer, répond: «Personne n’ignore que Marcel Regamey a, comme nous l’avons écrit du reste, manifesté son antisémitisme à une époque sombre du XXe siècle. Cela étant, il est tout aussi incontestable qu’il fait partie des personnalités qui ont marqué ce canton. Ce n’est pas le seul à avoir soulevé la controverse. Nous laissons à nos lecteurs, que nous savons adultes et instruits, le soin de juger.»

Pour le président de la Ligue vaudoise, Olivier Delacrétaz, si Marcel Regamey ne s’est jamais formellement excusé pour ses propos antisémites, il reste digne de figurer dans la liste: «Marcel Regamey a regretté avoir formulé certaines idées, dans sa jeunesse, de manière trop sociologique ou idéologique. Mais le contexte était très différent et il ne s’agit que de quelques articles. Il est affreux de penser que la participation de La Nation à une certaine perception du peuple juif, à une certaine époque, puisse jeter l’opprobre sur un mouvement profond dans son ensemble. Je comprends que certains puissent être choqués, mais ils pourraient faire l’effort d’examiner les choses de plus près. L’évolution d’une pensée jette une lumière rétroactive sur la manière dont il faut interpréter ce qui était dit au début, quand cette pensée se cherchait encore un peu.»

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