«Mission accomplie!» Christophe Weber et Vincent Subilia exultent alors que l’avion-cargo s’immobilise sur le tarmac de l’aéroport de Cointrin. Il y a une quinzaine de jours, le président de la section romande de la Chambre de commerce Suisse-Chine (CCSC) et le directeur général de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG) conjuguaient leurs forces ainsi que celles de tout un réseau de bénévoles pour acheminer des masques et du matériel de protection médical dont la Suisse a un urgent besoin face au Covid-19.

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Alors que les soutes de l’avion commencent à livrer leur précieuse cargaison, ils rappellent quelques chiffres: 92 tonnes de marchandises ou 12 millions de pièces dont 2,5 millions de masques, le reste consistant en gants, blouses, lunettes ou thermomètres. Le Boeing 747 affrété à une compagnie privée basée au Luxembourg est plein à craquer. «Les trois pilotes avaient juste la place pour leur bagage», explique Christophe Weber. A Shanghai, d’où les produits d’origine chinoise ont été embarqués, le remplissage s’est effectué en moins de quatre heures.

Besoin de millions de masques

Dès ce mardi, les 13 clients de cette opération qui se veut à la fois citoyenne et commerciale, à savoir les hôpitaux publics des cantons latins et des faîtières de pharmacies romandes, commenceront à être approvisionnés. Pour répondre entièrement à leur commande, deux autres vols seront nécessaires, le prochain étant prévu pour mi-avril. «Grâce à notre réseau ici et en Chine nous avons pu aller vite et obtenir un prix tout à fait concurrentiel, explique Vincent Subilia. Cela ne va pas de soi. Il y a une vraie guerre du masque, c’est le nouvel or bleu. La surenchère américaine pour mettre la main dessus est permanente.» Coût de l’opération? La marchandise s’élève à 3,5 millions de francs auxquels s’ajoutent 900 000 francs pour l’avion.

Ce matériel est destiné uniquement aux professionnels de la santé, les hôpitaux, les médecins et les pharmaciens. Selon un sondage de la Société vaudoise des médecins auquel 1844 membres ont répondu, seuls 63% des cabinets ont assez de masques chirurgicaux et 47% de solutions de friction hydroalcoolique. Et environ neuf médecins sur dix n’arrivent pas à se procurer les masques filtrants «FFP» pour effectuer les gestes à risque.

«On n’arrive plus à trouver ce matériel, ni pour la population, ni pour les pharmaciens, ni pour les médecins qui ne sont pas dans les hôpitaux», explique Didier Locca, le cardiologue vaudois qui a alerté Vincent Subilia et Christophe Weber de cette situation de pénurie. Selon lui, la Suisse a encore besoin d’importer plusieurs millions de masques pour répondre aux besoins. Surtout si le port de ceux-ci devait se généraliser dans la population.

Ni don ni argent public

La Confédération, qui avait été sollicitée pour garantir la prise de risques d’une telle opération lancée de manière privée, n’a pas répondu. «Nous avons travaillé avec des représentants du gouvernement chinois, notamment au Ministère du commerce», explique Christophe Weber. Mais il n’y a ni don ni financement des autorités chinoises, soupçonnées par de nombreux gouvernements européens de tirer avantage d’une diplomatie du masque. «C’est un effort collectif, précise le Genevois. Nous espérons que cela suscite des vocations.»

La compagnie Swiss a déjà opéré trois vols de fret de matériel médical depuis Hongkong et Pékin. Plusieurs autres sont prévus depuis Shanghai, tous à destination de Zurich. Il s’agit d’avions de ligne utilisés pour leur soute. «Nous examinons si et comment nous pourrions transporter du fret en cabine», explique sa porte-parole, Meike Fuhlrott.

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