Incongrus dans le bucolique paysage de La Côte vaudoise, trois engins qui semblent issus d’une expédition lunaire font trembler les pieds de vigne à Féchy. A l’œuvre depuis hier, ces camions spécialement équipés doivent permettre de donner une image aussi précise que possible du sous-sol entre Etoy et Nyon. Pour savoir si le projet de géothermie profonde que la région souhaite développer a des chances de voir le jour. Il s’ajoute aux expériences romandes menées à Lavey-les-Bains et dans la commune de Thônex, à Genève.

Patrick Vallat, initiateur et chef du projet de La Côte, y croit. Le but, c’est d’exploiter l’eau chaude que ses équipes espèrent trouver à 2500 mètres pour chauffer des milliers de foyers. Soucieux de rassurer les habitants, il s’empresse de préciser qu’aucun risque n’est à craindre. «Nous n’employons pas la même technique qu’à Bâle. Là-bas, il était nécessaire de fracturer la roche, ce qui a causé des séismes. Ce ne sera pas le cas ici. Nous ne ferons qu’exploiter des failles rocheuses existantes, stabilisées depuis des millénaires.»

Cinq sites

Pour l’heure, l’affaire semble en bonne voie. La première étude préliminaire menée entre 2008 et 2009 sur la base des données géologiques existantes a confirmé le potentiel de la région, et des cinq sites qui ont été désignés pour mener l’expérience sur les communes de Nyon, Gland, Aubonne et Etoy, partenaires du projet. «Nous ne doutons pas de trouver de l’eau, mais il reste à connaître son débit et sa température», explique Patrick Vallat.

Une eau entre 67°et 90° permettra d’alimenter des réseaux de chauffage à distance. Mais les sondages lancés hier devraient aussi permettre de déterminer si l’on trouve, à plus grande profondeur, de l’eau accessible d’une température dépassant les 100°. Si c’est le cas, le projet pourrait prendre une autre envergure, car la vapeur d’eau pourrait être exploitée pour produire cette fois de l’électricité.

Le suspense prendra fin dans quelques mois. D’ici là, les trois camions effectueront jusqu’à fin avril des mesures sur 24 km de chemins, situés le long des failles géologiques identifiées dans le secteur, entre Etoy et Nyon.

Généralement utilisées pour déceler des gisements pétrolifères, ces machines de 15 tonnes sont chacune équipées d’une plaque centrale qui émet des vibrations – ondes de compression – dans le sous-sol. Celles-ci sont répercutées par les roches souterraines vers des capteurs, appelés géophones, situés en surface. Ils transforment alors la secousse en signal électrique, qui est acheminé vers un laboratoire mobile, chargé de traiter les données.

L’expérience permettra de réaliser une coupe précise du sous-sol de la région jusqu’à 4000 mètres. Et si elle est aussi prometteuse que prévu, un premier forage exploratoire sera effectué d’ici à la fin de l’année, sur le site le plus favorable. Si tout va bien, les premiers utilisateurs bénéficieront du chauffage en 2014, estime Patrick Vallat.

La campagne de sondage sismique et l’analyse des données coûtent 800 000 francs. La Confédération assume 25% de la facture, le canton de Vaud 15%, et les communes concernées 10%. Le reste est financé par un consortium qui réunit les Services Industriels de Nyon, la Société Electrique des Forces de l’Aubonne, la Société Electrique Intercommunale à Gland, et la société sol – E Suisse SA.

C’est avec le premier forage que les dépenses commenceront à prendre l’ascenseur, puisque son coût est estimé entre 8 et 18 millions. La réalisation de l’ensemble du projet devrait quant à elle se chiffrer «à plus de 100 millions de francs», selon Patrick Vallat.