262 kilos de défenses d’éléphants, une prise record

Trafics d’animaux La saisie à l’aéroport de Zurich est inhabituelle par son ampleur

Des trafiquants d’ivoire pourraient explorer une nouvelle «route» qui passe par la Suisse

Huit valises à roulettes enregistrées par trois Chinois dans l’ancienne capitale tanzanienne de Dar es Salam, en direction de Pékin. Et à l’intérieur, 262 kilos d’ivoire. En ouvrant les valises, les douaniers ont découvert des défenses d’éléphants, certaines entières, d’autres sciées, dont la valeur est estimée à environ 400 000 francs au marché noir. Mais aussi un kilo de crocs et de griffes de lions. Cette saisie record a été faite le 6 juillet à l’aéroport de Zurich. Les trois Chinois ont été appréhendés lors d’un contrôle de sécurité. Ils doivent «s’attendre à des amendes salées», a précisé mardi l’Administration fédérale des douanes dans un communiqué. Mais ils ont pu quitter la Suisse et se trouvent aujourd’hui en Chine. Libres.

Pour rassembler cette quantité d’ivoire, entre 40 et 50 éléphants auraient été tués. Ce n’est pas la première fois que de l’ivoire en provenance de Tanzanie est intercepté en Suisse, où l’importation est interdite conformément à la Convention de Washington sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (lire encadré). Cette année déjà, la route Dar es Salam-Pékin en passant par Zurich, a été utilisée par des trafiquants. «Mais jusqu’ici, les saisies concernaient surtout des petites quantités d’ivoire, généralement de 1 à 4 kilos. Il s’agissait surtout de statuettes ou de bijoux. Parfois, l’ivoire, intercepté aussi en provenance de Johannesburg (Afrique du Sud), se trouvait dans des colis postaux, dissimulé dans des pots de cosmétiques ou des emballages de thé», précise au Temps Miroslaw Ritschard, le directeur suppléant des services douaniers de l’aéroport de Zurich. «Par contre, 262 kilos saisis en une fois, c’est un record absolu! Je n’ai jamais vu ça de ma vie!» Les défenses avaient été emballées dans de l’alu et des journaux chinois avant d’être cachées dans les huit valises à roulettes.

Entre 1985 et 2014, ce sont en tout 1644 kilos d’ivoire qui ont été confisqués en Suisse. «La tendance était à la baisse. Nous avions au maximum 20 kilos par année ces dix dernières années, avec une exception en 2010, où 182 kilos ont été saisis en plusieurs prises», souligne Miroslaw Ritschard.

Les trois Chinois ont été appréhendés par hasard. Aucun indice ne laissait penser qu’ils pouvaient faire partie d’un réseau de trafic d’ivoire et transporter des défenses d’éléphants. «Nous n’avions pas reçu d’indications particulières. Ils étaient simplement en transit. Et à Kloten, tous les bagages en transit sont passés au scan par la police cantonale. C’est elle qui nous a alertés», précise le directeur suppléant. «Nous avons d’abord rapidement vérifié avec le service vétérinaire de l’aéroport qu’il s’agissait bien d’ivoire et avons ensuite fait arrêter les trois Chinois, âgés de 21 à 37 ans, à la porte d’embarquement alors qu’ils s’apprêtaient à prendre leur avion pour Pékin.» Il s’agit visiblement de mules. «On leur a probablement promis un surclassement en échange de la marchandise, ou quelque chose du genre.» Interrogés, les trois jeunes hommes ont ensuite pu rejoindre Pékin par un autre vol, après le versement d’une caution de 100 000 francs. De retour en Chine, ils n’auraient pas été arrêtés. Leurs déclarations par rapport à leurs commanditaires ont été jugées peu crédibles par ceux qui les ont interrogés.

La suite de l’affaire? L’enquête est désormais assurée par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), qui va travailler avec les autorités chinoises. «Une procédure va être ouverte en Suisse contre les trois Chinois. Et l’OSAV va procéder à une analyse génétique des défenses pour tenter d’en retrouver l’origine exacte.» Miroslaw Ritschard et son chef n’excluent pas que des trafiquants d’ivoire testent une nouvelle «route» qui passe par Zurich. L’aéroport forme actuellement des chiens pour repérer les trafics d’animaux. Les défenses saisies, elles, sont stockées dans un «lieu sûr», avec les griffes et dents de lions. Ainsi que tout l’ivoire saisi en Suisse depuis 1975. Miroslaw Ritschard: «Il n’est jamais brûlé. Mais ces défenses et objets en ivoire sont parfois utilisés lors d’expositions.»

Cette saisie record est en tout cas prise au sérieux. Un groupe de travail regroupant des collaborateurs de l’Administration fédérale des douanes, de l’OSAV, de fedpol et de l’Office fédéral de l’environnement a été mis sur pied pour permettre une meilleure coordination dans la lutte contre ce type de criminalité aux niveaux national et international.

Avant cette prise, la Suisse était surtout concernée par le trafic de «viande de brousse» (antilopes, singes, porcs-épics, buffles, oiseaux, reptiles), en provenance d’Afrique essentiellement. Selon l’organisation de protection des primates Tengwood, ce sont au moins 40 tonnes de viande de brousse qui entrent illégalement en Suisse chaque année. L’association a décortiqué les saisies carnées effectuées entre septembre 2011 et novembre 2013 dans les aéroports de Kloten et de Cointrin. Verdict: plus d’un tiers provenaient d’espèces protégées. Dont du pangolin.

Avant cette saisie,

la Suisse était surtout concernée par le trafic de «viande de brousse»