Quelques chiffres pour un dimanche : 11 millions, 300 millions, 1 milliard, et 60 000 francs. Débutons par la facture la moins douloureuse, révélée par Le Matin Dimanche : 60 000 francs, c’est le devis de l’autopsie de Yasser Arafat, effectuée par le centre de médecine légale du CHUV. Les résultats de l’analyse, qui tenteront de déterminer si, oui ou non, l’ancien leader palestinien a été empoisonné au polonium 210, ne sont pas encore connus ; on ne sait pas non plus qui réglera la note. L’affaire a ému le président de l’UDC vaudoise, Claude-Alain Voiblet, qui a posé la question au CHUV. Réponse de ce dernier : l’Autorité palestinienne prendra en charge « une partie » des coûts. On n’en saura pas plus pour l’instant.

Augmentons l’ordre de grandeur : Le Matin Dimanche dénonce un certain goût genevois pour le luxe sur deux roues. La Cité de Calvin, on le sait, désire se doter d’un système de vélibs calqué sur celui dont use Paris. Coût de l’opération : 11 millions. A la pointe du Léman, on a aussi cédé à l’émotion financière : c’est cette fois-ci Pierre Weiss, député PLR au Grand Conseil, qui a fait son enquête. Passant d’un lac à l’autre, il s’est rendu compte que la Ville de Bienne, elle, possédait son propre système de location de vélos, développé en partenariat avec Rolex, qui lui a coûté 4 millions seulement. Certes, Bienne n’est pas tout à fait Genève, mais Pierre Weiss a fait le calcul : la station de vélib y revient à 10 000 francs, contre 74 000 au pied du jet d’eau.

Toujours plus haut – et cette proposition-ci, relayée par la SonntagsZeitung, va certainement faire peu d’heureux chez les usagers du rail : plusieurs ténors bourgeois, parmi lesquels les conseillers nationaux Ulrich Giezendanner (UDC/AG) et Markus Hutter (PLR/ZH), estiment que les dits usagers devraient s’acquitter de 300 millions de francs afin de couvrir une part supplémentaire de 10% des coûts du transport ferroviaire. Markus Hutter conclut : «Ils devraient certainement supporter 60% des coûts.» Pour le patron des CFF, Andreas Meyer, la balle est dans le camp des politiques : « Il faut décider combien les pouvoirs publics sont prêts à payer pour le trafic des voyageurs et combien les usagers devraient prendre en charge à l’avenir.» Elargissons l’angle : la Suisse a mal à ses transports, mais aussi à son logement : Simonetta Sommaruga, dans la NZZ am Sonntag, éclaire la problématique sous l’angle de l’initiative d’Ecopop et de celle de l’UDC sur l’immigration de masse : ces problèmes sont d’origine interne, martèle la conseillère fédérale, qui continue : « L’immigration les rend plus rapidement visibles et nous oblige à les résoudre plus vite. »

Revenons aux factures pour en apprécier le dernier stade, celui du milliard de francs : l’estimation est celle que donne la NZZ am Sonntag du coût annuel de la prise en charge des élèves des classes spéciales en Suisse. Il y a dix ans, ils étaient 14 000, ils seraient aujourd’hui 24 000. Pour son calcul, la NZZ am Sonntag s’est basée sur les chiffres zurichois : le canton compte aujourd’hui quelque 4000 de ces élèves, ce qui lui revient à 300 millions de francs par an.

On le voit, l’heure est à compter ses sous. Par exemple par des propositions baissières : ainsi, alors que s’approche le vote sur l’initiative Minder, la patronne de la Finma, Anne Héritier Lachat, prophétise-t-elle dans Der Sonntag la plongée prochaine des bonus des banquiers. Une question d’éthique, précise le journal. A lire Le Matin Dimanche et la SonntagsZeitung, c’est peut-être aussi une forme de morale qui aiguillonne Hanspeter Lebrument, patron de Médias Suisses : plus que lassé de voir Google cannibaliser les contenus des journaux helvètes, il dit à la fois examiner « l’opportunité d’une plainte […] pour concurrence déloyale » et faire pression sur le politique pour redéfinir et renforcer la protection de la propriété intellectuelle.

Mais s’il y en a qui ont appris à économiser, ce sont visiblement – aux dires du Sonntagsblick – certains clubs de football de Challenge League. Comment (se) payer de bons joueurs ? En les déclarant comme employés à temps partiel et en se reposant sur la caisse chômage pour décrocher un complément de salaire maximal. L’entraîneur de Chiasso le reconnaît sans détours : « Un club comme le nôtre est dépendant de l’aide des Offices régionaux de placement. »