Pour ses vœux de fin d’année, Alain Berset a choisi «Tandem Noir», une œuvre de la lauréate 2016 du Swiss Design Award Manon Wertenbroek. Elle montre un jeune homme vêtu de blanc recouvert de chiffres noirs. En guise de commentaire, le conseiller fédéral écrit: «Les chiffres masquent parfois l’essentiel.» C’est aussi le message que le centre et la gauche ont vainement tenté de faire passer dans le cadre du débat sur le budget 2017. En vain: la majorité absolue que détiennent le PLR et l’UDC au Conseil national s’est exprimée dans toute sa splendeur.

Elle a refusé tout compromis sur les dépenses administratives et contrait le Conseil fédéral à réduire celles-ci de 128 millions par rapport à l’enveloppe initiale. Ces coupes transversales touchent principalement les mandats externes (60,3 millions) mais aussi et surtout les charges de personnel (50 millions) et, dans une moindre mesure, l’informatique et la communication (17,5 millions). Il appartient désormais au gouvernement de concrétiser ces mesures. Il en a discuté vendredi, mais les décisions formelles ne seront prises que «ces prochains temps», selon le vice-chancelier André Simonazzi.

34 935 postes à plein-temps

En 2015, les charges de personnel se sont élevées à 5,45 milliards pour un effectif de 34 935 postes à plein-temps. Ces chiffres étaient en hausse de 41 millions et de 163 emplois par rapport à 2014. Théoriquement, l’économie de 50 millions équivaut à 370 postes à plein-temps, précise Roland Meier, porte-parole du Département fédéral des finances (DFF).

Que va décider le Conseil fédéral? Les syndicats du personnel fédéral sont inquiets. Transfair parle d’une «gifle cinglante pour les salariés de la Confédération» et se dit «révolté» parce que, derrière les chiffres, il faudra sans doute réduire certaines prestations. La Communauté de négociation du personnel de la Confédération (CNPC) accuse la nouvelle majorité de droite de faire du «clientélisme» au détriment du personnel fédéral, allusion, notamment, aux gestes consentis pour les agriculteurs. «Je suis déçu du PLR, qui s’est associé à l’UDC», critique Jacques-André Maire (PS/NE), membre de la commission financière.

«Les charges de personnel n’ont cessé d’augmenter»

«Les charges de personnel n’ont cessé d’augmenter. Il est nécessaire de réduire la voilure. C’est aussi un signe en prévision du nouveau programme d’économies que le Conseil fédéral adoptera en 2017. Ueli Maurer nous a assuré qu’il était possible d’économiser ces 50 millions sans licenciement», se justifie Jacques Bourgeois (PLR/FR), lui aussi membre de la commission financière.

«Nous n’avons aucune garantie que ce soit possible sans licenciement», réplique Jacques-André Maire. «Ce forcing de la majorité de droite du Conseil national est un signe de mépris: elle se fiche complètement du fait que le Conseil des Etats ne voulait pas de cette économie de dernière minute», proteste-t-il. Il soupçonne Ueli Maurer d’avoir été complice de ces coupes transversales, car il savait que le budget qu’il a présenté était problématique.

Frein à l’endettement et secret bancaire

Le Conseil fédéral devra décider s’il veut tailler de manière linéaire et proportionnelle dans les charges de personnel de chaque département. Dans ce cas, c’est celui de la Défense qui serait le plus touché, car il emploie à lui seul 12 000 personnes, soit plus du tiers du total.

Le forcing de la droite sur le budget n’est pas un cas isolé. Il y en a eu d’autres. Durant la session parlementaire de décembre, la majorité UDC-PLR a aussi fait passer une motion qui interdit au Conseil fédéral d’assouplir la règle du frein à l’endettement, et cela en prévision d’un rapport qu’Ueli Maurer va présenter à ce sujet en début d’année. Elle a aussi obtenu le soutien du Conseil national à l’initiative populaire sur la protection de la sphère privée.