Le conseiller d'Etat Laurent Moutinot entend mettre fin au régime HLM (habitations à loyer modéré). Le ministre socialiste a présenté lundi un projet visant à créer un socle de 40 000 logements économiques pérennes d'ici à 2015, soit 20% du nombre total d'appartements locatifs. L'appellation peut paraître barbare, elle décrit pourtant ce qu'aujourd'hui on qualifie de logements sociaux ou subventionnés. La durée de «pérennisation» est de 50 ans.

Controverses

Le projet est sous-tendu par un constat préoccupant: le parc de logements sociaux a reculé en 23 ans de 24 à 11%, alors que la demande pour de telles habitations a augmenté de 27% de 2001 à septembre 2004. De plus, le régime HLM, auquel étaient soumis 15 355 appartements à la fin de l'année dernière, ne répond plus, selon Laurent Moutinot, à l'évolution de la société: les trajectoires de vie sont aujourd'hui beaucoup moins linéaires que par le passé. Le projet du magistrat pourrait y remédier et permettre, par exemple, à un couple de rester dans son logement même s'il sort «ponctuellement» des critères d'attribution d'un appartement subventionné. Par ce projet, le patron du Département de l'aménagement, équipement et logement espère aussi dépasser l'éternelle controverse qui secoue Genève au sujet de la règle des deux tiers-un tiers (2/3 de logements sociaux, 1/3 de logements à loyer libre). Une fois le socle constitué, «nous disposerons d'une certaine souplesse avec cette règle», estime Laurent Moutinot. Ce dernier ajoute toutefois qu'en début de chaque législature, le Conseil d'Etat fixe les objectifs pour atteindre le socle de 40 000 logements pérennes.

C'est précisément ce qui inquiète le député libéral Mark Muller: «Si le gouvernement impose en début d'année aux privés de construire des logements pérennes à acquérir, cela pourrait les dissuader. Avec pour conséquence de ne plus rien construire à Genève.» Le député écologiste David Hiler se félicite pour sa part du souhait de supprimer le régime HLM. Il formule néanmoins une réserve: «En fixant à 15 ans la durée pour constituer ce socle, je crains que cela ne se fasse jamais. En outre, on n'y arrivera pas si les constructeurs d'utilité publique n'acquièrent pas des immeubles.»