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La perspective d’un meilleur salaire n’est pas la motivation principale des étudiants quadragénaires.
© GAETAN BALLY/KEYSTONE

Formation

A 40 ans, ils retrouvent les bancs de l'université

Le savoir n’a pas d’âge, c’est ce que démontrent ces quadragénaires, toujours plus nombreux, qui reprennent des études supérieures. Un parcours périlleux. Témoignages

Les universités connaissent actuellement un franc succès: alors que le nombre d’étudiants a doublé en trente ans, l’enseignement supérieur éveille également la curiosité des quadras et des retraités. Il y a les auditeurs libres aux cheveux grisonnants, qui se multiplient dans les auditoires, ainsi que les seniors qui s’inscrivent dans des institutions comme Connaissance 3, dont fait partie par exemple le Prix Nobel de chimie Jacques Dubochet. Mais aussi ceux qui ne se contentent pas de conférences et d’une stimulation intellectuelle, mais se lancent dans une formation universitaire en visant le diplôme.

Bien que minoritaires parmi les étudiants, les quadragénaires sont toujours plus nombreux sur le campus: en 2016, ils étaient 7522 à être inscrits dans les universités suisses, contre 1307 en 1980. Pourquoi abandonner son confort et son traintrain quotidien pour revivre l’enfer des examens? Comment concilier son statut d’étudiant avec sa vie familiale? Trois étudiants quadragénaires se livrent au Temps au sujet de leur parcours, de leurs motivations et de leurs difficultés quotidiennes.

La passion: source de motivation

Pourquoi entreprendre des études en tant que quadra? Mère de deux enfants, Alexandra opte pour un bachelor en psychologie à 45 ans, vingt ans après l’obtention d’un diplôme à la HEI: «Jeune, je voulais étudier la psychologie, mais mes parents s’y sont opposés. Lorsque mon deuxième enfant allait à l’école, je me suis dit: pourquoi ne pas profiter de ce temps libre et faire les études dont j’ai toujours rêvé?»

Je ne veux pas juste être la maman qui fait des gâteaux pour ses enfants

Alexandra

Titulaire d’un master en économie, Nina* a songé à la reconversion professionnelle à 40 ans passés: «A 20 ans, j’ai choisi l’économie, car c’était une branche plus sûre. Aujourd’hui, je travaille dans une banque, mais ce n’est pas fait pour moi. J’envisage de devenir logopédiste, ou psychologue.» Eric, infirmier de longue date, s’est tourné vers les sciences sociales à 42 ans: «J’ai beaucoup de plaisir auprès de mes patients mais la hiérarchie médicale est monstrueuse. Je me suis un peu senti enfermé dans mon métier, qui ne me satisfaisait pas vraiment. J’avais besoin de me nourrir d’autre chose.»

Lire aussi: Pourquoi il faut oser la reconversion professionnelle

Il suffit parfois d’un déclic, comme en témoigne Alexandra: «Quand je me retrouvais seule à la maison, je me demandais ce que je ferais quand mes enfants auraient 14 ans, et moi 50. Je ne veux pas juste être la maman qui fait des gâteaux pour ses enfants.» On constate à travers ces exemples que la perspective d’un meilleur salaire n’est pas la motivation principale pour commencer des études sur le tard. Du reste, 80% des étudiants quadras se dirigent vers les sciences humaines.

Question financière

La question financière est centrale pour ces étudiants indépendants, qui ne peuvent plus compter sur le soutien de leurs parents. Les quadras peuvent certes faire la demande d’une bourse d’indépendant, mais les revenus du ménage sont généralement jugés trop élevés pour en bénéficier: «J’aurais dû renoncer à un de mes véhicules», explique Eric. Travailler en parallèle reste le plus souvent l’unique solution, comme en témoignent nos trois interlocuteurs. En revanche, la réduction du taux d’occupation est monnaie courante pour suivre le rythme universitaire: Nina est passée de 80% à 50%, tout comme Eric, qui a diminué à 70%. Ce qui ne va pas sans affecter le revenu du ménage: «Il faut un peu plus se serrer la ceinture», reconnaît Nina.

Fatigue, surcharge et burn-out

Surviennent également les difficultés d’apprentissage, la capacité de mémorisation diminuant au fil de l’âge. Des centaines de pages à lire, des comptes rendus hebdomadaires, difficile pour des professionnels qui ne sont plus habitués au rythme estudiantin. Alexandra déplore parfois le «bourrage de crâne», tandis qu’Eric constate que son «cerveau s’est déshabitué à apprendre». Pour cet infirmier dyslexique, qui n’a jamais été grand lecteur, le changement est radical. Tous trois évoquent un état de fatigue intense, alimenté par leur activité professionnelle: «Après deux à trois nuits de travail, c’est difficile. Tu as une fatigue physique, mais aussi psychique», explique Eric.

J’ai des amies dont le mari l’a très mal accepté. Ils ne supportaient pas qu’elles soient moins disponibles. Ils ont dû suivre une thérapie de couple

Alexandra

Parfois, la cocotte-minute explose. «Depuis que j’ai commencé mon bachelor, il y a eu trois burn-out et une dépression dans ma classe», révèle Alexandra, qui est inscrite à UniDistance, qui regroupe majoritairement des étudiants de 30 à 60 ans. Eric confie avoir été «au fond du bac» durant une session d’examens, ce qui l’a amené à consulter le service psychologique de son université.

Une intégration sociale ambiguë

Les quadragénaires sont-ils les bienvenus parmi les jeunes de la vingtaine? Eric, contrairement à Alexandra et Nina, côtoie des jeunes tous les jours. Son intégration fut assez facile: «Je voulais rencontrer des gens, avec l’objectif de me faire un nouvel ami par semaine. J’ai aussi participé au milieu associatif, ce qui m’a permis de créer des contacts.» Néanmoins, le fossé de l’âge semble difficile à dépasser: «Je ne me sens pas différent, j’ai toujours 20 ans dans ma tête, mais je pense que l’on me perçoit différemment. Je sens qu’il y a un autre rapport, sûrement lié à l’âge.»

Concilier vie familiale et estudiantine

Etudier sans empiéter sur la vie familiale est périlleux. UniDistance permet à Alexandra et Nina d’étudier depuis leur domicile, les cours ex cathedra n’ayant lieu que toutes les trois semaines. Cela leur permet de maintenir une dynamique familiale en étudiant aux côtés des enfants qui font leurs devoirs. Les enfants sont souvent enthousiastes, le mari pas toujours. «J’ai des amies dont le mari l’a très mal accepté, relève Alexandra. Ils ne supportaient pas qu’elles soient moins disponibles. Ils ont dû suivre une thérapie de couple.» Il n’est en effet pas rare que des étudiants dans cette situation révisent jusqu’au petit matin.

Toutes ces difficultés ne semblent pas décourager nos trois quadras. Epuisés et parfois à bout de nerfs, ils n’ont pourtant jamais sérieusement envisagé l’abandon. Au contraire, si Alexandra ne souhaite pas poursuivre au-delà du bachelor, Eric et Nina espèrent obtenir un master. Cette dernière résume: «Je suis courageuse, mais bien folle.»

* Prénom d’emprunt

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