Plus de cinq mois après l’annonce de la disparition du Matin papier, les négociations entre l’éditeur du défunt titre, Tamedia, et la délégation du personnel sont au point mort. Conséquence: les 41 collaborateurs licenciés n’ont toujours pas de plan social. Jeudi matin, ils ont manifesté devant le siège romand de l’éditeur à Lausanne et dénoncé dans une lettre ouverte son «attitude brutale et intransigeante». Tamedia réfute ces critiques et souhaite un arbitrage par la CCT, en dernier recours.

Après un été mouvementé, marqué par une grève historique et une médiation politique avortée, le dialogue a repris début septembre. «Nous sommes retournés devant l’office de conciliation, précise une ex-employée, membre de la délégation de négociation. De nombreuses séances ont eu lieu, durant lesquelles nous avons fait plusieurs propositions constructives.» Tamedia, en revanche, n’a selon elle «pas bougé d’un iota» et propose les «mêmes mesures d’accompagnement qu’en 2016». «En clair, nous n’avons rien obtenu, déplore la journaliste. Pire, nous avons perdu du temps précieux en termes de formation.»

«Notre situation se précarise»

Conséquence de cette incertitude: environ la moitié des employés qui n’avaient que trois mois de délai sont au chômage depuis le 1er novembre, les autres recevront leur dernier salaire à la fin du mois. «Très peu d’entre nous ont retrouvé un emploi, notre situation se précarise de jour en jour», ajoute l’ex-employée.

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Que revendiquent les «41 du Matin», secrétaires, graphistes, éditionneurs, photographes, recherchistes ou encore journalistes? «La même chose qu’en juin, répond la porte-parole: de la considération. Autrement dit, un plan social décent par rapport à la fermeture d’un titre historique, qui tienne aussi compte des derniers mois de travail effectués dans des conditions extrêmement difficiles.» De peur qu’il n’y ait «à nouveau de la casse» au sein du groupe ces deux prochaines années, la délégation exige que le plan social dure dans le temps. Dans l’attente de résultats, d’autres actions sont prévues, soutenues par Impressum et Syndicom.

«Plan social généreux»

Patrick Matthey, porte-parole de Tamedia, livre une tout autre interprétation du blocage actuel. «Nous jugeons notre plan social généreux en comparaison avec ce que d’autres éditeurs proposent, estime-t-il sans entrer dans les détails. Nous avons vraiment fait tout notre possible pour offrir des mesures d’accompagnement, des aides pour permettre aux collaborateurs de se réinsérer.»

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La médiation politique de cet été, sous l’égide du gouvernement vaudois, était-elle un alibi, comme le dénoncent les ex-collaborateurs? «Non, elle avait pour but principal de stopper la grève et d’entamer des discussions, répond le porte-parole. Il n’a jamais été question de la considérer comme une solution à long terme.»

Il n’empêche, l’impasse actuelle n’est-elle pas synonyme d’échec? «Nous regrettons cette situation de blocage tout autant que la délégation. Notre priorité est de trouver des solutions pour les personnes touchées. Tamedia prend ses responsabilités.»

600 000 utilisateurs mensuels

Le porte-parole rappelle par ailleurs que Le Matin n’est pas «mort», il continue d’exister via son site internet et son application que 600 000 utilisateurs visitent chaque mois.

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