Le Temps: On a un peu l'impression que les entreprises ne se demandent sérieusement comment minimiser leurs transports à vide que depuis que la RPLP se profile à l'horizon…

Alfred Schönholzer: Beaucoup de transports à vide sont et resteront inévitables en raison de l'inégalité des flux. Il y a par exemple beaucoup plus de marchandises qui sont véhiculées de Suisse alémanique en Suisse romande que l'inverse. Cela dit, le souci de rationaliser est ancien, mais, à l'heure actuelle, il ne vaut souvent pas la peine de recharger un camion arrivé à destination. Il est financièrement plus intéressant de le faire revenir rapidement à sa base pour pouvoir le réutiliser sans délai pour un nouveau transport. L'incitation à éviter les transports à vide sera nettement renforcée à l'avenir car la RPLP entraînera une hausse du coût unitaire d'un transport variant de 7 à 35%.

– Cela suppose une planification plus rationnelle, voire des collaborations entre entreprises…

– Effectivement. Nous avons par exemple récemment contribué à sceller une collaboration poussée entre cinq entreprises, impliquant la mise en commun des systèmes informatiques. L'ensemble gérera une flotte d'environ 250 camions. Cela dit, je dois avouer que je suis étonné que l'intérêt pour de telles coopérations ne soit pas plus vif. Cela tient sans doute à ce que de tels rapprochements supposent une perte d'autonomie et d'identité non négligeable. Or beaucoup d'entreprises du secteur ont une longue tradition et une identité propre marquée. Chacun tient en outre à garder ses propres clients et hésite à dévoiler les prix qu'il pratique.

– La branche est très atomisée avec de nombreuses entreprises de taille réduite, souvent en mains familiales. La RPLP va-t-elle conduire à une évolution radicale des structures?

– La plupart des entreprises travaillent essentiellement pour les industries de leur région. Cette structure va passablement bouger. Beaucoup d'entrepreneurs ont peur et cherchent à vendre leur affaire. Le groupe Planzer rachète par exemple à tour de bras en ce moment. Je travaille moi-même sur une douzaine de dossiers de candidats à une reprise à l'heure actuelle. A terme, le processus de concentration devrait conduire à la disparition de la moitié des acteurs du marché. Seuls les grands survivront. Ce qui pourrait d'ailleurs déboucher sur d'autres problèmes comme la création de monopoles dans certains segments.

Propos recueillis par S. Z.