Cinq Français ont pompé près d'un demi-million de francs sur des comptes bancaires dans les cantons de Neuchâtel et de Vaud avec une centaine de cartes piratées. Le cerveau de la bande vivait au Locle quand la police l'a arrêté, à la fin de l'an passé. Ce cuisinier avait appris sur Internet comment copier des cartes de crédit et bancaires. Il avait aussi trouvé sur le Web le lecteur-graveur de cartes vendu 700 dollars avec le programme pilotant la contrefaçon. L'enquête a démontré qu'il est facile de fabriquer des équivalents de Postcard.

Le gang agissait de manière rusée. Il choisissait les victimes d'après leurs signes extérieurs de richesse. Dans les supermarchés ou sur les parkings, la carte bancaire ou de crédit était chipée pendant que le lésé avait le dos tourné ou qu'il ramenait son caddie. Equipé d'un ordinateur portable couplé au lecteur de cartes, le pirate copiait les pistes magnétiques en quelques secondes et remettait la carte dans le portefeuille. Ensuite, il lui était facile de graver une nouvelle carte. N'importe quel support avec piste magnétique peut servir, même la carte de fidélité d'un grand magasin. Le lésé ne se rendait compte du dommage qu'en fin de mois, quand il recevait son décompte. Il n'y comprenait rien et soupçonnait son entourage…

Pour les cartes avec numéro d'identification personnel, le NIP, qui permet de retirer de l'argent au Bancomat, c'était un plus compliqué. Mais souvent le NIP était écrit sur la carte, ou il se trouvait sur un petit papier dans la bourse du lésé. Quand ce n'était pas le cas, les pirates téléphonaient à leur victime, au nom de la banque, et demandaient le NIP pour une vérification. Certaines personnes ont mis du temps à comprendre ce qu'il leur arrivait. Olivier Guéniat, chef de la police de Sûreté, a confié hier qu'un septuagénaire au compte bien garni s'était fait voler 70 000 francs sans s'en rendre compte. Olivier Guéniat considère que les cartes ne présentent pas une sécurité suffisante. Seules celles qui dont dotées d'une puce semblent inviolables, en tout cas pour l'instant…

Tickets jetés

A preuve: il est très facile de se fabriquer une Postcard en relevant les chiffres sur les tickets jetés dans la poubelle. Quant au NIP on peut le découvrir en testant la carte de manière aléatoire dans les anciens distributeurs d'essence qui ne bloquent pas la manœuvre après trois essais infructueux. Le gang testait les cartes en composant systématiquement les NIP: 1000, 1001, 1002, jusqu'à 9999. Il fallait parfois quatre nuits pour le découvrir, mais cela rapportait gros: au moins 5000 francs par jour. Et quand le compte était soldé, les pirates le réapprovisionnaient au moyen de chèques volés et falsifiés!

Le manque de sûreté des Postcard, qui n'ont qu'une seule carte magnétique et dont le NIP ne compte que quatre chiffres, a été démontré. La Poste doit être embarrassée, car elle n'a pas pu répondre à nos questions hier après-midi. Quant aux trois pirates arrêtés (sur cinq) et dévoilés par les caméras des Bancomat, ils ont passé quelques mois en prison avant d'être relâchés. Ils reviendront peut-être en Suisse pour leur procès. Peut-être.