A trois mois des élections fédérales, l'asile est plus que jamais le principal sujet de préoccupation des Suisses. Si l'on en croit le sondage publié dimanche par la SonntagsZeitung et réalisé par l'institut Link auprès de 810 citoyens contactés des deux côtés de la Sarine (mais pas au Tessin), 46% des personnes interrogées citent effectivement l'asile comme principal thème de discussion. Le chômage ne vient que loin derrière.

On observe en outre que ce problème inquiète de plus en plus la population. Lors de précédents sondages effectués sur une base équivalente, l'asile n'était pas aussi fréquemment cité. Il n'apparaissait en première place que pour 15% des citoyens sondés en octobre 1998. En mars dernier, on en était à 26%.

Cette tendance est étroitement liée à l'exode massif provoqué par la guerre du Kosovo. Elle suscite un grand émoi dans les états-majors des partis politiques, car il se confirme que l'asile sera le thème central des élections fédérales de cet automne. Cela explique sans doute aussi les bons résultats enregistrés par l'UDC, championne du durcissement de la politique d'accueil en Suisse, dans les autres sondages préélectoraux effectués çà et là par les médias helvétiques.

Il subsiste toutefois une claire différence de sensibilité entre la Suisse alémanique et la Suisse romande. Selon l'enquête d'opinion publiée dimanche, ce sujet est le principal souci de 52% des Alémaniques questionnés, contre 27% chez les Romands. Cette nuance oblige les partis politiques nationaux à différencier leur campagne électorale entre les deux parties du pays. L'UDC, qui n'est que très marginalement représentée en Suisse romande, a l'avantage de pouvoir s'économiser une telle distinction.

Le sondage indique encore qu'une majorité des personnes interrogées souhaite un retour rapide des réfugiés kosovars dans leur pays. Elles sont 57% à recommander leur renvoi avant l'hiver, alors que 35% proposent de leur accorder un délai de deux à trois ans avant de les ramener chez eux. Sur ce point également, on constate que les Alémaniques sont plus nombreux que les Romands à réclamer le rapatriement des exilés cette année encore. Il paraît toutefois peu réaliste d'imaginer que tous pourront être reconduits au Kosovo avant l'hiver.

L'aide au retour, qui consiste en un soutien financier de 2000 francs alloué à chaque adulte qui accepte librement de quitter la Suisse dans les six mois qui viennent, reçoit, elle, un accueil plutôt positif: 53% des personnes interrogées y sont favorables, alors que 32% y sont opposées et 11% marquent leur préférence pour un montant plus faible.

Quant à l'interdiction de travailler, elle divise la population en deux camps distincts. Rappelons que, lors de la conférence nationale sur l'asile qui a eu lieu le 1er juillet, le Conseil fédéral avait proposé de barrer l'accès des réfugiés au marché suisse du travail pendant douze mois (au lieu de trois actuellement). Cette restriction est accueillie positivement par 46% des personnes questionnées, alors que 43% émettent un avis négatif; 11% n'ont pas d'avis.

Aucune décision définitive n'a toutefois été prise sur ce point. Car, comme plusieurs cantons ont manifesté leur désapprobation à l'égard de cette mesure, Ruth Metzler a décidé d'organiser une consultation à ce sujet. «Le Conseil fédéral souhaite introduire cette interdiction, mais j'estime qu'on ne doit pas le faire si une majorité des cantons n'est pas d'accord», a-t-elle déclaré dans le SonntagsBlick de dimanche.