Si la socialiste Regine Aeppli, à qui les sondages donnent de bonnes chances d'être élue, fait son entrée au gouvernement le 6 avril, Zurich pourrait être le premier canton de Suisse dirigé par un exécutif comptant une majorité de femmes. La nouvelle conseillère d'Etat rejoindrait alors, sauf surprise de taille, l'UDC Rita Fuhrer, l'écologiste Verena Diener et la radicale Dorothée Fierz. Alors que l'exécutif de la ville de Berne s'était retrouvé pour un temps avec une majorité féminine, la part des femmes dans les gouvernements cantonaux reste faible, voire même inexistante dans cinq cantons encore (AG, SH, SZ, TG, VS).

L'argument féminin, voire féministe, n'est toutefois pas évoqué dans la campagne. Zurich, en penchant pour une fois du côté des femmes, ne fait qu'atteindre une certaine normalité. Les quatre politiciennes, chacune d'un parti, se distinguent par des profils fort différents. Réélue avec le meilleur résultat il y a quatre ans, Rita Fuhrer, 50 ans, reste la plus populaire, même si sa cote s'est légèrement affaissée. Servie par un talent naturel de la communication, «Lovely Rita» continue d'afficher un sourire irrésistible dans les débats politiques et lors des nombreuses manifestations officielles où elle apporte le salut du gouvernement: pas un militaire terminant sa carrière dans le canton à qui la cheffe de la police et des affaires sociales n'aurait pas serré la main. Cycliste passionnée et habile stratège, elle a notamment recruté une petite équipe d'hommes dans des positions clés de la police pour l'accompagner dans le brevet des Alpes en 1999. Même si sa biographie aurait pu l'y inciter – mariée très jeune après avoir interrompu sa formation, trois enfants, travaux de secrétariat à la maison pour faire bouillir la marmite – Rita Fuhrer, depuis son entrée en 1992 au Grand Conseil zurichois, n'a jamais fait preuve de la moindre sensibilité pour la cause des femmes. Ni les bureaux de l'égalité, ni le financement des crèches ne trouvent grâce à ses yeux. Elue en 1995 au Conseil d'Etat forte de son expérience de mère et de ménagère, elle atteint l'apogée de sa carrière en décembre 2000, lorsqu'elle échoue de peu pour la succession d'Adolf Ogi au Conseil fédéral. De retour à Zurich, elle est rattrapée par le dossier de la fusion partielle des polices du canton et de la ville. Prenant un malin plaisir à verser de l'huile sur le feu et à provoquer la municipale zurichoise socialiste Esther Maurer, Rita Fuhrer se voit reprocher entre-temps même par le camp bourgeois de n'avoir rien fait pour dénouer la crise et d'avoir présenté au début de cette année une copie insuffisante de la nouvelle loi sur la police. Le récent manifeste de la municipalité de Zurich sur l'asile l'a fait bouillir de rage. Non seulement en tant que membre de l'UDC, mais aussi parce qu'on s'immisçait sur son terrain. Critiquée pour sa position intransigeante même par sa collègue de parti de la ville de Berne, son sourire s'est alors crispé dans les débats télévisés.

L'arrivée de Regine Aeppli, 50 ans, également blonde et élégante, ne ravira peut-être pas Rita Fuhrer, dont on dit qu'elle n'aime pas les fortes femmes. La conseillère nationale socialiste, élue en 1995, a fait languir longtemps son parti avant de lui offrir sa candidature. Pressentie à plusieurs reprises, la dernière fois en 1999, elle avait toujours refusé, jugeant que ses enfants étaient encore trop jeunes. L'attente a peut-être payé, car les chances n'ont jamais été si bonnes pour la gauche de gagner un troisième siège au Conseil d'Etat. Présidente de l'Œuvre d'entraide ouvrière, l'avocate de formation s'est profilée au niveau national avant tout sur le thème de l'intégration des étrangers. Dans sa campagne zurichoise, Regine Aeppli plaide pour une meilleure politique familiale et met l'accent sur l'égalité des chances pour l'accession à la formation. Décriée par certains camarades comme une socialiste de salon – son père était président radical d'une commune zurichoise de moyenne importance –, l'UDC l'accuse de bien cacher son jeu et «d'être une populiste qui ne pense qu'à dépenser l'argent de l'Etat».

Les deux autres conseillères d'Etat en place sont aussi des personnalités affirmées. La cheffe de la santé publique, Verena Diener, 53 ans, doyenne du gouvernement avec Rita Fuhrer, a réussi le tour de force de fermer une demi-douzaine d'hôpitaux régionaux et d'être réélue. L'écologiste, que l'on voit rarement détendue dans ses apparitions en public, est une femme de tête et de dossiers. Quant à la radicale Dorothée Fierz, 55 ans, elle dirige sans bruit mais avec une efficacité certaine les travaux publics. Sportive et directe, elle a surpris dans un débat télévisé en remettant en place Rita Fuhrer sur la question de la criminalité des étrangers.