Urs Schwaller, responsable des Finances fribourgeoises, se refuse à parler d'artifice comptable, mais l'un de ses collaborateurs sourit lorsqu'on avance l'hypothèse de la «volonté» de parvenir à un exercice déficitaire du compte de l'Etat de Fribourg en l'an 2000. Il s'en est effectivement fallu de très peu pour que le déficit attendu, soit 44,8 millions de francs, se transforme en bénéfice, malgré l'absorption de dépenses imprévisibles importantes, comme la facture de l'ouragan Lothar.

Les comptes de l'an 2000 affichent un déficit de 6,1 millions de francs pour un volume de dépenses de près de 2 milliards. Sans la conservation, contrairement à ce qui était prévu, du bas de laine offert par la Banque nationale suisse aux cantons il y a deux ans, et sans l'affectation de 1,3 million de francs à une provision d'indemnisation des communes pour des travaux routiers, les comptes de l'Etat auraient été bénéficiaires pour la première fois depuis 1996.

Recettes inespérées

L'embellie est principalement due à des recettes inespérées provenant de la Confédération. Fribourg a reçu 14 millions de francs d'impôt anticipé supplémentaire et 7,3 millions inattendus sous forme d'impôt fédéral direct. Les recettes fiscales propres au canton ont faiblement progressé (0,6%). Cette légère hausse provient presque exclusivement de l'impôt supplémentaire versé par des entreprises internationales installées à Fribourg, seules à bénéficier de la reprise conjoncturelle. C'est d'ailleurs ce paradoxe qui inquiète Urs Schwaller. Fribourg subit aujourd'hui le revers de la médaille. Son économie est entrée en récession après la plupart de celle des autres cantons, mais elle redémarre aussi beaucoup plus lentement. «On a toujours un problème de reprise économique», souligne le chef des Finances.

A cela s'ajoute un faible niveau des revenus, donc peu d'impôts, à cause de secteurs à faible valeur ajoutée fortement représentés comme l'agriculture ou la construction. «Le revenu par habitant est inférieur de 18% à la moyenne suisse. Nous avons encore perdu 3% récemment», soupire le conseiller d'Etat, qui table sur un rattrapage en dix ans grâce aux efforts de promotion économique axés sur l'accueil d'entreprises à forte valeur ajoutée. Fermement soutenu par la Confédération, en tant que canton financièrement faible, Fribourg ne remplit d'ailleurs que 35% de la caisse de l'Etat avec ses propres impôts. En dix ans, cette part a encore diminué de 9%.

Le canton de Fribourg s'endette depuis une dizaine d'années, davantage pour soutenir un volume d'investissements nets dépassant 100 millions de francs, que pour couvrir ses dépenses de fonctionnement. Pénalisé par une marge d'autofinancement de 79%, il s'engage dans un plan d'assainissement qui sera soumis en avril au Grand Conseil. Il vise, par l'apport de 19 millions de francs, à retrouver un équilibre financier durable, notamment par des mesures structurelles, parmi lesquelles un frein au déficit basé sur l'obtention d'une majorité parlementaire qualifiée lors du vote de crédits dépassant 2,7 millions.