Les nouveaux trains à deux étages prennent forme. Commandées par les CFF à Bombardier, les 62 compositions circuleront dès 2017 sur l’axe du Plateau de Genève à Saint-Gall, mais également entre Bienne et Zurich, entre Berne et Lucerne, entre Zurich et Lucerne et entre Zurich et Coire. A cause d’un différend entre le constructeur et l’opérateur ferroviaire, la livraison a pris deux ans de retard.

Les deux partenaires ont fini par trouver un accord en novembre dernier, aux termes duquel le constructeur offre trois rames supplémentaires aux 59 qui ont été commandées pour 1,9 milliard de francs. Cette concession lui coûte environ 100 millions de francs. Cet accord était néanmoins soumis à une série de tests prouvant que les trains répondent bien aux exigences formulées dans la commande.

Le litige étant réglé, la construction des premières rames a pu reprendre et le projet a pu passer en phase de tests en décembre 2014. Les essais s’étant révélés concluants, notamment ceux qui ont été faits à 210 km/h sur le réseau privé de Velim, en République tchèque, les CFF ont annoncé lundi que la convention signée en novembre entrait «définitivement en vigueur».

Alarmes stridentes

Les deux partenaires se sont retrouvés lundi sur le site de Villeneuve, où les wagons seront assemblés. Ils ont présenté l’aménagement intérieur du premier train. Plus spacieux jusqu’aux WC, dont certains sont équipés de tables à langer et offrent un accès facilité aux handicapés, ces véhicules ont l’ambition de répondre aux exigences croissantes des passagers: prises électriques, qualité de réception de téléphonie mobile, informations numériques détaillées, espaces pour les vélos, résistance aux variations de pression dans les tunnels, surveillance vidéo complète sont quelques-unes des améliorations proposées. Les rétroviseurs extérieurs sont remplacés par des caméras.

La configuration de l’étage supérieur a été améliorée. «Je peux m’y tenir debout», sourit Karl Runge, l’un des concepteurs du projet, qui mesure 1m94. On notera que les fauteuils arrondis et les tables circulaires des actuels trains à deux étages vont céder la place à des sièges latéraux. Et les espaces de rangement des bagages ont été judicieusement repensés. En revanche, les poubelles mises à disposition des passagers paraissent exiguës. Et les alarmes des portes sont plus stridentes. «Les nouvelles normes l’exigent», justifie Karl Runge.

Bombardier va construire pour les CFF 23 rames de 200 mètres offrant 621 places et équipées d’un restaurant, 30 de 200 mètres sans restaurant mais avec 696 places et 9 de 100 mètres pouvant accueillir 230 passagers. Les CFF pourront les faire circuler en compositions de 100, 200, 300 ou 400 mètres en fonction de l’heure et de la demande, précise Jeannine Pilloud, directrice de la division voyageurs.

D’ici à la mise en service, différentes évaluations devront encore être effectuées. Il faudra faire des tests grandeur nature sur le réseau des CFF, notamment avec le système de compensation du roulis qui doit permettre aux trains d’aborder les virages à vitesse plus élevée sans que le train penche. «Ces tests se feront lors du prochain trimestre», annonce le patron de Bombardier Suisse, Stéphane Wettstein.

Lorsque la commande a été passée, il était prévu que les premiers trains soient livrés en 2014. Ils le seront avec deux ans de retard. Les premiers circuleront à l’horaire fin 2017 et les dernières rames seront livrées en 2019 et 2020. Pour honorer la commande des CFF, Bombardier a investi 20 millions sur le site de Villeneuve, principalement pour bâtir une nouvelle halle d’assemblage des wagons.

De leur côté, les CFF vont devoir former 1500 mécaniciens, 2000 agents de train, 270 professionnels de la maintenance et 260 professionnels du sauvetage aux subtilités des nouvelles compositions. Bernard Wuthrich