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Absinthe: l’IGP protectrice est refusée au Val-de-Travers

Une claque pour les producteurs d’absinthe du Val-de-Travers: le Tribunal fédéral administratif refuse de leur accorder l’IGP, l’indication géographique protégée, qui leur aurait garanti la production exclusive de «Fée verte». La réaction du distillateur Claude-Alain Bugnon

Dans un arrêt du 8 août dernier, le Tribunal administratif fédéral (TAF) refuse de réserver au seul Val-de-Travers l’indication géographique protégée (IGP) pour les appellations «absinthe», «Fée verte» et «Bleue». En 2010, 11 recours avaient été déposés contre la décision de l’Office fédéral de l’agriculture d’enregistrer les trois noms en tant qu’IGP. Claude-Alain Bugnon est un des trois distillateurs professionnels du Val-de-Travers. Il regrette cette décision.

Le Temps: Vous attendiez-vous à cette décision?

Claude-Alain Bugnon: Je me disais qu’on avait une chance sur deux d’obtenir l’IGP pour le Vallon. Quand le dossier traîne comme il l’a fait, on se dit que ce n’est pas favorable… On aura au moins essayé. Si on avait demandé une IGP «absinthe du Val-de-Travers», on l’aurait sûrement obtenue, et rapidement. Mais on se serait toujours demandé s’il n’aurait pas fallu être plus ambitieux.

– Etes-vous favorable à un recours au Tribunal fédéral?

– L’interprofession devra se prononcer sur cette question après avoir pris connaissance des considérants du TAF. Personnellement, je n’y crois pas trop. Cela coûterait cher et il n’y a pas de raison pour que la décision rendue soit différente. Pour moi, la messe est dite. C’est un nouveau chapitre qui s’ouvre pour l’absinthe. La demande d’IGP aura au moins eu un effet positif: on a beaucoup parlé d’absinthe et du Val-de-Travers ces dernières années. Cela nous a permis de faire connaître nos produits.

– Quelles sont les conséquences à attendre pour les 23 distillateurs du Val-de-Travers?

– Dans un premier temps, cela ne changera pas grand-chose. Je suis plus inquiet pour le futur. Avec le Cassis de Dijon, n’importe qui pourra importer des absinthes tchèques ou espagnoles. Une IGP spécifique nous aurait permis d’interdire la vente de ces produits sous le nom d’absinthe en Suisse. Est-ce que les gens les achèteront? J’espère que non. Mais on perdra dans tous les cas une garantie de qualité.

– L’absinthe du Val-de-Travers est-elle vraiment meilleure que ses concurrentes suisses et européennes?

– Une récente étude de l’Ecole d’ingénieurs de Changins sur la typicité sensorielle de l’absinthe a montré que la production du Val-de-Travers possède une typicité propre. A mon sens, cela est dû à son équilibre unique. Alors oui, on peut dire que c’est la meilleure. Cela s’explique parce qu’on n’a jamais cessé d’en faire, de l’interdiction de 1910 jusqu’à la légalisation de 2005. La recette n’a cessé d’évoluer pour être en phase avec les goûts des consommateurs. Et les distillateurs sont toujours là: c’est un sacré gage de qualité.

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