Le geste est exceptionnel. Les Académies suisses des sciences (qui regroupent celles des sciences naturelles, des sciences humaines et sociales, des sciences médicales et des sciences techniques) ont adressé jeudi une lettre d’indignation au Conseil national et au Conseil des Etats. Elles y font part de leur «stupeur» devant l’accueil réservé par le parlement aux résultats du Programme national de recherche PNR 59, consacré aux plantes génétiquement modifiées.

Les experts n’ont pas été entendus, dénonce la missive. Le rapport de synthèse du PNR 59, présenté en août 2012, est parvenu «à la conclusion que, fondamentalement, les plantes génétiquement modifiées (PGM) ne présentent pas plus de risques que les plantes issues de cultures conventionnelles». Or, dans les mois qui ont suivi, le Conseil national puis le Conseil des Etats ont reconduit, comme si de rien n’était, le moratoire en vigueur sur ces végétaux. Un moratoire de 5 ans qui avait déjà été allongé de 3 ans en 2010, au motif qu’il fallait… attendre le verdict des chercheurs.

Les académies mettent en garde contre la transformation «insidieuse» du moratoire «en une interdiction du génie génétique dans l’agriculture. [Ce qui] porterait un grave préjudice à la capacité de notre pays à relever les défis du futur». Et d’appeler à une reprise du débat «sans délai», de manière à «créer les conditions d’une décision démocratique et légitime […] avant la fin de l’expiration du moratoire fin 2017».

Loin de la science

«Le but poursuivi par cette lettre ouverte n’est pas de modifier la décision prise par le parlement, explique Thierry Courvoisier, président des Académies suisses des sciences. Elle est de souligner que la science n’a pas été entendue comme elle aurait dû l’être, dans l’espoir d’améliorer à l’avenir la qualité des échanges entre la communauté scientifique et le parlement.»

Cette initiative s’inscrit dans une perspective à long terme, confie Thierry Courvoisier. «Nos sociétés se trouvent devant des problèmes comme le réchauffement climatique et le recul de la biodiversité, qui possèdent des dimensions scientifiques de plus en plus présentes et complexes. Or, le monde politique est éloigné du monde du savoir. Les Académies suisses des sciences sont décidées à travailler à un rapprochement.»