Justice

Accident de Granges-Marnand: le conducteur CFF face aux juges

Le procureur a requis 90 jours-amendes avec sursis contre le mécanicien de locomotive accusé d’homicide par négligence. A l’audience, ses collègues ont dénoncé les pressions subies au travail

Le procès de l’accident ferroviaire de Granges-Marnand, qui avait fait un mort et 26 blessés il y a quatre ans, s’est tenu mardi à Yverdon. Le seul accusé, un mécanicien CFF de 58 ans, poursuivi pour homicide par négligence, ne s’était pas présenté à l’audience en avril dernier, en raison de son état psychologique. Cette fois-ci il est là, prêt à revenir sur le drame du 29 juillet 2013, mais son visage est tendu. Tout au long de l’audience, il campe sur ses positions: «J’ai vu une lentille verte», répète-t-il alors qu’on l’accuse d’avoir démarré au feu rouge. «Si ce n’est pas réel, c’est peut-être un reflet ou un rayonnement qui s’est interposé.»

Le président insiste: «C’est impossible. Vous vous êtes construit cela dans votre tête. Le feu était rouge, vous devez l’accepter.» L’accusé n’en démord pas: «Je ne serais jamais parti si j’avais vu que c’était rouge.» Quoi qu’il en soit, il s’en était suivi une collision frontale entre son train et un RegioExpress, en dépit du frein d’urgence déclenché par les deux conducteurs. Cet accident a entraîné la mort du conducteur de l’autre train, âgé de 24 ans, blessant également une vingtaine de personnes.

Une pression quotidienne

Les trois témoins, tous mécaniciens expérimentés, s’accordent sur un point: les conducteurs de trains subissent une forte pression quotidienne, croissante au fil des années. Alors qu’auparavant il existait une coresponsabilité dans le départ, partagée entre le conducteur et le chef de gare, ce n’est actuellement plus le cas. Les mécaniciens de locomotive se retrouvent fréquemment seuls, surtout dans les petites gares régionales où il n’y a pas de personnel CFF. Toute la responsabilité reviendrait donc aux conducteurs.

Le respect des horaires est également très contraignant. L’accusé mentionne avoir été «obnubilé» par ses deux minutes de retard, cherchant à ne pas l’accroître d’avantage. Il raconte avoir déjà été réprimandé durant plusieurs mois pour un retard inférieur à cinq minutes. Ce retard aurait peut-être joué un rôle dans la fausse perception du signal.

Des dispositifs de sécurité à réviser

Mais pourquoi un seul homme sur le banc des accusés? Tout au fil de l’audience, on ressent la colère du quinquagénaire, qui invoque la responsabilité des CFF dans cette affaire. Il leur reproche de ne pas avoir mis en place des dispositifs de sécurité suffisants, dans une des gares les plus dangereuses de Suisse. La gare de Granges-Marnand n’est effectivement pas équipée de balises ZUB, un mécanisme de sécurité permettant de réguler la vitesse des locomotives en cas de non-respect de signalisation. Les témoins restent circonspects: pourquoi ne pas sécuriser prioritairement les gares à une seule voie, qui présentent un risque de collision plus élevée?

Les signaux ne semblent pas infaillibles, alternant parfois entre le rouge et le vert. Par ailleurs, les trois témoins affirment avoir déjà démarré au rouge au cours de leur carrière. Selon l’avocate de la défense, ce phénomène, fréquent, concerne une centaine de cas chaque année.

Le procureur du Ministère public exige 90 jours-amendes avec 2 ans de sursis, la peine ferme lui paraissant trop lourde, compte tenu de la culpabilité que doit porter l’accusé. La défense requiert un allégement de peine. Le verdict du tribunal sera prononcé mardi 31 octobre.

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