Le premier tronçon du téléphérique de l'Aiguille du Midi devait n'être fermé qu'une petite semaine. Le temps nécessaire pour raccourcir de huit mètres le câble tracteur de la prestigieuse cabine, qui porte chaque année plus de 600 000 touristes et alpinistes jusqu'au sommet (3842 mètres). «Au mieux, il fonctionnera de nouveau au début du mois de juillet, mais un scénario plus réaliste laisse penser que ce sera plutôt fin juillet», estime François Bidaut, directeur général de la Compagnie du Mont-Blanc, la société qui exploite les remontées mécaniques dans la vallée de Chamonix. Car depuis le lundi 4 mai dernier, les cabines sont immobilisées. Ce jour-là, six techniciens de la société suisse Garaventa, leader mondial des remontées mécaniques, étaient mandatés pour une opération de routine: couper, puis épisser le câble d'acier de quarante millimètres de diamètre et de 5700 mètres de long, qui, avec les dilatations estivales et les contractions hivernales, se distend naturellement.

Branches arrachées

En début d'après-midi, ils étaient à la gare intermédiaire du Plan de l'Aiguille, à 2317 mètres d'altitude, là où arrive la cabine en provenance de Chamonix et où part celle à destination de l'Aiguille du Midi. Ils s'apprêtaient à brancher la meule qui devait trancher le métal, quand tout à coup les torons se sont rompus. Alors qu'il était maintenu au sol, le câble tendu a fusé en direction de la vallée.

La violence de l'onde de choc a provoqué des dommages sur le câble porteur, dans les gares du téléphérique et sur les trois pylônes du tronçon. Heureusement, il n'y a pas eu de blessé. Mais dans leur chute au sol, les dix-huit tonnes de torons torsadés ont arraché des branches d'arbre et entamé le revêtement de la route nationale qui passe au pied de la gare de départ. La chaussée a été fermée pendant 24 heures.

Expertises d'assureurs

«Un câble qui tombe, cela n'arrive qu'une fois tous les cinquante ans», hasarde Claude Parel, chef de projet pour la société Garaventa, tant l'événement lui paraît exceptionnel. Depuis l'incident, les techniciens ne perdent pas une heure de lumière diurne pour passer au crible l'ensemble de l'installation. «Nous sommes en train de faire l'inventaire de toutes les pièces qui devront être changées après avoir été endommagées par le câble», indique François Bidaut. Lorsque celui-ci sera dressé, des pièces de rechange seront commandées, construites, puis montées. De cela dépend la date de réouverture du téléphérique.

Les causes de l'incident n'ont pas encore été élucidées avec exactitude. Les assurances mènent des expertises pour établir les degrés de responsabilité entre Garaventa, la société schwyzoise, et la Compagnie du Mont-Blanc.

«Toute la question est de savoir si le câble s'est cassé en raison d'une erreur de manipulation ou parce qu'il n'a pas supporté d'être tendu», résume Claude Parel. Selon François Bidaut, «il semble que le câble a glissé des mordaches qui le maintenaient au sol et qu'il s'est alors rompu.»

La fermeture du téléphérique n'empêchera pas les alpinistes chevronnés d'évoluer sur les cimes du massif du Mont-Blanc. Ceux qui veulent tout de même atteindre le sommet de l'Aiguille du Midi, point de départ pour l'ascension du mont Blanc du Tacul, du mont Maudit et du Mont-Blanc, pourront y parvenir. Ils devront emprunter le train du Montenvers, et ensuite emprunter un sentier pendant une heure et demie, avant d'aboutir à la gare intermédiaire du Plan de l'Aiguille. Les liaisons avec le sommet seront maintenues.